"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mardi 25 avril 2017

ENTERREMENT DU POLICIER : LES HOMOSEXUELS INTEGRES DANS L'UNION PATRIOTIQUE

« Le national-socialisme ou le chaos bolchevique ? » demandait avec arrogance une affiche nazie, faisant croire par là que seule existait cette alternative et que, pour tous les hommes de bonne volonté, le choix était évident. « Erdäpfel oder Kartoffel ? » (Patates ou pommes de terre?) répondait une petite bande de papier qu'un groupe clandestin colla sur des centaines de ces grandes affiches, déclenchant ainsi une enquête massive de la part de la Gestapo ». (voir note plus bas)

J'avoue avoir versé quelques larmes au discours du « compagnon » du policier lâchement abattu à bout portant sur la « plus belle avenue du monde ». L'assassinat d'un homme ou d'une femme, quoique les crimes soient plus nombreux quotidiennement dans les pays lointains dont BFM rend compte in petto en déroulé sous les images officielles de la cour de Préfecture parisienne, me renvoie toujours à ma propre souffrance de la perte de mes êtres chers et de mes camarades. Certes le discours à la mode (« vous n'aurez pas ma haine ») - car la haine est la seule sentimentalité prêtée par la mouvance gauchiste au Fhaine, pourtant guère différente de la leur – était stupéfiant néanmoins. Croyant qu'il s'agissait du discours apitoyé et chagrin d'un collègue mon dentier de la mâchoire inférieure tressauta lorsqu'il fût question de « mon compagnon ». Mon cervelet fît un bond : quelle aubaine pour la société multigenre, multitout du « bloc progressiste » !

Ce n'était pas un simple flic hétéro comme vouzémoi mais un « pédé »1 tout ce qu'il y a de plus homo, plutôt moins con que le flic moyen, passionné de cinéma, de rock, qui avait été voir Sting au Bataclan, qui était militant de LBGT, soucieux d'aide aux migrants ; un vrai flic gauchiste et tout et tout. Renversant et séduisant comme l'incroyable avancée moderniste de notre société mondialiste, croyante toutes catégories et démocratie bénie par les siècles et les siècles d'obscurantisme.

Le discours de l'amant du flic mort n'a certainement pas été préparé sans conseiller tellement il correspondait aux nécessités électorales macronesques pour ne pas dire anti-haine, je veux dire anti Le Pen, cette représentante des salauds racistes et ennemis des homosexuels (quoiqu'il y en ait un d'assez perspicace aux côtés de la « raciste » en chef). Apologie de la police garante de la démocratie, truisme incontournable qui prouve que la démocratie n'est jamais si bien défendue que par les gaz lacrymogènes et les coups de matraques contre les grévistes. On concèdera, à l'encontre du gentil Poutou, que plus de flics ont été zigouillés depuis un an et demi que de bazanés par la Bac. Après l'attentat terroriste bienvenu du premier tour, les funérailles du « policier pédé » constituent indubitablement un point d'orgue macronien, si j'ose dire ; Macron ayant été soupçonné d'entretenir des liens « pédés » avec le joli PDG de radio-France2, amant du luxe et du lucre.
 
Le discours subséquent de Hollande aura confirmé ses capacités à avoir été le meilleur président des pompes funèbres des cinq républiques. Le ton et la compassion furent adéquatement rythmés à la félicitation de la fonction policière, protectrice du grand patronat comme des bateaux pavés des riches du Touquet. Le policier, dans la nuit de sa vie, n'est plus un raté scolaire mais un ami du peuple, qui le protège, qui se sacrifie pour le sentiment patriotique. Désormais un policier "pédé" a autant droit au respect de la nation qu'un hétéro, comme toute femme sous l'uniforme mourant pour l'impérialisme français au Mali ou en Syrie mérite la fanfare de la République. Magie de l'interdépendance des contraires. Miracle transcendant du transgenre et de la multi-sexualité si on les compare aux honteuses arriérations sunnites et wahhabites. Oubliés les juifs rassemblés sous Pétain dans cette même cour de Préfecture, oubliés les centaines de prolétaires algériens envoyés au casse-pipe en costard un certain mois d'octobre 1961, visages tuméfiés et parqués dans cette cour à gendarmes. Oubliée la chasse policière aux homos des fifties et des sixties jusque dans les chiottes de la Tour Eiffel. 
Oubliée la police qui tabasse et asperge aux gaz lacrymogènes les révoltés contre la loi patronale 49.3 composée par le fiston Hollande, Macron, et dont les cadres en civil de la bac ont enculé un Théo bazané.
 
Voici la démocratie transgenre qui protège la veuve et l'orphelin du terrorisme, qui exhibe le flic de base comme premier exposé dans la tranchée antiterroriste, comme exemple pour ceux qui devront par millions aller défendre démocratie hypocrite ou république pourrie, on ne sait dans quel ordre.
Toute la "classe politique" se congratula au terme de l'enterrement avec flonflons patriotiques du policier lâchement assassiné. Ils étaient tous là les édiles de la compassion. Ils se serraient la main et aurevoir. Les cornemuses des représentants des polices anglo-saxonnes couinaient pendant que Hollande, sur le seuil préfectoral, embrassait la hiérarchie policière. Le policier, cultivé et multilingue, mort dans sa boite couverte de l'oriflamme était heureux, on lui avait agrafé sur sa tombe l'insigne de la légion d'honneur. Grâce à sa bonne étoile.
 
 
 
 
NOTES:

1Je rappelle que pour l'homosexuel moyen, et le facho avéré, le terme pédé est une insulte qui est synonyme de pédophilie, ce que ne sont pas les homosexuels en général. Nonobstant le fait, et mon enfance peut en témoigner au catéchisme, je n'ai pas eu affaire à des curés pédophiles mais j'ai eu la confirmation que, comme les grecs l'avaient vécu, l'attirance entre garçonnets fait partie de notre étape d'évolution vers une sexualité hétéro, s ans compter leur fascination pour le sexe des adultes mâles, et que l'enfant a des perversions inouïes qui pourraient choquer certains adultes. Et conduire d'autres en prison.

2D'où l'efficacité de l'interdépendance des contraires dans le mode de domination idéologique pervers : « L'Invocation du contraste puissant a toujours constitué un instrument de prédilection pour la propagande des politiciens et des dictateurs. « Le national-socialisme ou le chaos bolchevique ? » demandait avec arrogance une affiche nazie, faisant croire par là que seule existait cette alternative et que, pour tous les hommes de bonne volonté, le choix était évident. « Erdäpfel oder Kartoffel ? » (Patates ou pommes de terre?) répondait une petite bande de papier qu'un groupe clandestin colla sur des centaines de ces grandes affiches, déclenchant ainsi une enquête massive de la part de la Gestapo ». (cf. « Changements, paradoxes et psychothérapie, de Watzlawick, ,Weakland, Fish , ed du Seuil 1975). Si l'on suit ces auteurs on pourrait aussi penser que la politique n'est régie depuis des siècles au fond que par la diabolisation de la femme, la mère Le Pen (avec son écharpe dans la cour de la préfecture)devenant ainsi la quintessence d'une mystification multi-séculaire, sans oublier que Cléopâtre a manipulé César et que Eva Braun a peut-être fait d'Hitler son jouet : « L'idéalisation romantique de la femme à l'époque des troubadours, entre le XI e et le XIII e siècle, ainsi que son pendant religieux dans le culte de la vierge marie à partir du XI e siècle, a connu un étrange et terrifiant compagnon de route : l'irruption et l'horrible développement de la chasse aux sorcières. Marie et la sorcière – voilà deux aspects de la féminité qui ne peuvent guère être plus antithétiques et éloignés l'un de l'autre ; ils ne sont pourtant « rien d'autre » qu'un couple des contraires. Plus tard, à l'âge des Lumières, la Vierge a été remplacée par la déesse Raison, qui, à son tour, fût détrônée par le romantisme et la « découverte » de l'inconscient par C.G. Carus » (p.39).

Personne n'y pense, sauf le magnifique Jules Lemaître en 1925,  la pensée de l'émancipation est sortie d'un cerveau malade, d'un névrosé persécuté, le genevois Rousseau : « S'il n'avait pas été persécuté, il ne les (ses pensées) pas écrites (…) Rousseau, par ses Confessions, a véritablement inauguré le genre et l'a, du premier coup, réalisé totalement. Personne ne se confessera plus comme s'est confessé Jean-Jacques » (…) « En littérature, ce que Rousseau a légué aux générations qui l'ont suivi, c'est le romantisme, c'est à dire (au fond et en somme, et quoique bien des poèmes ou livres de romantiques semblent échapper à cette définition) l'individualisme) l'individualisme encore, l'individualisme littéraire, l'étalage du « moi » - et la rêverie inutile et solitaire, et le désir , et l'orgueil, et l'esprit de révolte ; tout cela exprimé, soit de façon direct, soit par des masques transparents auxquels le poète prête son âme (…) Au point où Rousseau l'a porté (surtout dans les Confessions et les Rêveries) cet individualisme littéraire était chose insolite, non connue auparavant, et où l'on pouvait voir un emploi indécent et anormal de la littérature. Car évidemment elle n'a pas été faite pour ça. A l'origine, le poète chante ou récite aux hommes assemblés des histoires, ou des chansons ou des éloges de héros ou des préceptes de morale. Il est clair qu'on ne lui demande pas de confidences intimes. Telles est la littérature primitive et « naturelle », la seule qu'aurait dû admettre Jean-Jacques, prêtre de la nature. Plus tard, après l'invention de l'écriture, après l'imprimerie, on a instinctivement senti qu'il ne convenait d'exposer au public, multipliés par la copie ou par la lettre imprimée, que des pensées, des récits, des images propres à intéresser tout le monde ; qu'il était peu probable que la personne intime et secrète de l'écrivain importât aux autres hommes, et qu'il y aurait du reste, impudeur à l'exprimer publiquement. L'individualisme en littérature, l'antiquité l'a ignoré (sauf dans quelques strophes ou distiques d'élégiaques). Le moyen âge, le XVI e siècle, le XVII e, le XVIII e, jusqu'à Rousseau, ne l'ont presque pas connu ». (…) L'influence de Rousseau s'est exercée sur Goethe, Schiller, Byron ; sur Kant, Fichte, Jacobi, Schleiermacher ; et, avec une évidence éclatante, sur Tolstoï : « J'ai lu Rousseau tout entier... j'avais un culte pour lui ». Marx a été aussi influencé par Rousseau, dans la perspective communiste il n'a jamais défendu cette idée imbécile, stalinienne et doctrinaire, d'individu collectif, mais la redécouverte de l'individu comme être à part entière vivant librement dans la communauté humaine, et non simple pion, esclave ou infernaute. (le néologisme est du moi de moi)
La bourgeoisie décadente a su piller et détourner la naïveté individualiste de Rousseau, et par son double langage perpétuel, psychologique et sentimental (cette sentimentalité démagogique que Marx avait si bien dénoncée dans ses écrits des années 1850) jusqu'à déifier un individualisme crétin, aliéné, où le moindre internaute se sent investi d'écrire ou de rabâcher ce qui lui passe par la tête avec une orthographe ridicule et des insultes à la portée du moindre peigne cul. Il est certain que la communisme supprimera la fonction hiérarchique méprisable de professeur, mais nous lui sommes encore redevables, et avant de contester les enseignants il faudrait sans doute abattre l'Etat bourgeois.

lundi 24 avril 2017

Fin de stabilité gouvernementale: la mise en orbite réussie du banquier Macron





Tu es libre! Tu choisis le banquier ou la raciste!
"La politique du président? La lettre du président? Le président lui-même? Allons donc? Allons donc? Qui diable prend monsieur Bonaparte au sérieux? Croyez-vous monsieur Victor Hugo, que nous vous croyons quand vous nous dîtes que vous croyez au président? Allons donc! Allons- donc!". Marx (Les luttes de classe en France 1848-1850).


Revenant d'un long périple à des centaines de kilomètres de Paris, j'étais surpris de voir tant de véhicules crossover, la voiture des encravatés, foncer aussi vite dans l'après-midi du samedi, veille de l'auscultation électorale. Dans mon quartier, peuple de bobos mélenchoniens je fus également surpris de ne point trouver une place pour me garer, alors que pendant les weekends ils sont tous dans leur résidence secondaire. Je comprenais enfin, la bourgeoisie avait mené de main de maître son suspense électoral au point de réussir à mobiliser furieusement les couches moyennes qui se sont réparties entre Macron et Mélenchon dans un vote qu'ils crurent "utile" pour "faire barrage au FN". L'enseignante retraitée qui me faisait face dans le Fish and Ships m'avait quelques heures avant éclairé sur la conclusion de ce long et déprimant suspense présidentiel: "je suis de gauche depuis toujours mais là j'ai voté Macron pour éviter un second tour Fillon-Le Pen avec le risque d'une victoire finale de l'extrême droite". La messe était dite.
Onction suprême, lundi matin la Bourse faisait un bond de 4%, du jamais vu lors d'un premier tour présidentiel. La Bourse bandant pour un banquier! Bon sang ne saurait mentir! Mais gare à la gueule de bois du prolétariat!

La victoire sous forme de subterfuge du système bourgeois – chantée par Léa Salamé nouvelle prêtresse cathodique: "la partition droite/gauche a éclaté" – est une forme de renouvellement du vieux et même clivage bons/méchants, sauf que le choix est entre droite et extrême droite, un banquier et une "raciste" selon les endeuillés gauchistes 100% gauche ringarde! Il fallait faire avaler à nouveau l'alternance lassante en la refilant sous une autre forme, comme une prétendue recomposition du tableau impressionniste politique français: la bande héréoclite du jeune banquier se revendiquant pourtant d'une pléthore de vieux machins ralliés du dernier moment, auxquels s'ajoutent pêle-mêle les Fillon, Hamon, Dray1, Autain (merde à Méluche), El Khomeri, Taubira la vertueuse et tutti quanti pour "faire barrage au FN".

Mais le "aucune voix ne doit manquer" a tellement cet air de déjà vu en 2002 que la gauche électorale majoritaire (Mélenchon + Hamon auraient été en tête du panel), restée divisée pour machiavéliquement faire jouer quand même une alternance de type droite libérale (aucunement différente de la gauche libérale) est restée sans voix. Il y a loin de cet espèce de structuralisme institutionnel où l'actuel chef de l'Etat et les financiers ont tiré les ficelles (qui a balancé Fillon? Comment Macron a-t-il été si largement financé?). La quasi victoire du petit arriviste eût été impossible surtout, au fond, sans cette ambiance d'état de siège anti-terroriste, dont Marx nous expliquait il y a plus d'un siècle et demi qu'elle permet au gouvernement en place d'être "maître des élections".

Mélenchon, individu imbu de sa personne avait fini par "s'y croire"2. Contrairement à la joie de son principal fan Ruffin, qui dort debout à Amiens – et à la pauvre déclaration de son guru "chacun fera son devoir, ma belle patrie, ma patrie bien-aimée, un matin tout neuf commence à percer" – le mouvement mélenchonien n'était pas un parti, mais une alliance hétéroclite des vieux staliniens qui ruaient contre la personnalisation à outrance, et cela un peu honnêtement pour une fois, plus la noria écolo partagée avec le résidu du PS derrière Hamon, plus des déçus du FN appâtés par l'usage immodéré des termes "ma patrie bien-aimée" par l'ex-soumis de Mitterrand. Pas plus que la droite, le camp de la gauche bourgeoise avec sa masse d'électeurs bobos ne pouvait triompher, cinq ans de Hollande ça suffisait comme ci.
Le score à Mélanchon, non négligeable, n'est qu'une victoire à la Pyrrhus comme naguère la mère Royal. La forfanterie et la personnalisation hologrammique n'aboutissent qu'à l'impasse. Pour se refaire une santé la gauche aurait pu compter sur les syndicats, mais las, comme en 2002 ils vont tous appeler à faire barrage au "fâchisme", mais en faveur d'un banquier pro-américain, dont la directrice de campagne n'était autre que la rugueuse Haïm, accréditée journaliste newyorkaise, ex- fan de la famille Busch. Les électeurs sauveurs de la République face à Hitler avec une perruque et sans moustache, auront intronisé l'inventeur du 49.3 et des stupides et dangereux cars à bas coût. La gauche politique subit sa deuxième défaite après la défaite de la gauche syndicale face à l'ubérisation et à la flexibilité mises en place par les Hollande et Macron. La décrédibilisation de Fillon a donc bien fonctionné, mais comme Hamon il est fustigé comme le responsable de sa défaite, et cela n'empêchera pas les chaises musicales lors de la nouvelle louche électorale législative qu'on va nous resservir par après, avec en perspective le retour à la quatrième République.

La bourgeoisie a réussi son pari au court terme, mais elle estaffaiblie dans son ensemble par le choix d'un Bonaparte de bric et de broc, même pas général et plutôt fils à maman (ce qui explique son succès dans les maisons gériatriques). La clintonisation avec paillettes du gamin Macron si peu viril – il eût l'air pitoyable lorsqu'il en référa à sa "maman" sans qui il ne serait rien! - quand les journaputes ne cessèrent de nous signaler de successifs ralliements "de poids", était un foutage de gueule. Qu'est-ce que ça peut nous foutre que Machin ou tel chanteur de variété supporte un encravaté "en marche" vers le poste de potiche de la finance et des armées? Que la moitié des ministres de Hollande le rejoignent... Que Obama lui ait téléphoné... Que finalement la plupart des candidats battus le soutiennent dans le dernier ballet des voitures noires... Sous le sourire emprunté du petit Macron, qui va déchanter sous une paire de mois face à une "opinion" colérique, perce la chute de la réputation de la fonction présidentielle: les moutons "démocratiques" et manipulés élisent n'importe qui; la dégringolade s'était accentuée avec Sarkozy et Hollande. On va en voir le terme dans la transparence du petit encravaté. La gauche déconfite a de la chance que Fillon ne soit pas passé, elle aurait eu plus de mal à jour sa fonction d'opposition dans une lutte sociale avivée par un programme brutal; mais le flou de la gestion à venir de Macron, s'il peut éviter de premiers affrontements émeutiers3, n'empêchera pas des confrontations sociales bien plus importantes qu'un président anormal puis un autre normal surent tout de même juguler.

LE "BLOC PROGRESSISTE" DECONFI

Les plus "radicaux", Mélenchon et Poutou (qui fût assez bon voire le meilleur sur les plateaux malgré la grosse Bertha écolo qui lui intimait de voter pour le banquier), ne purent que se réfugier dans l'attitude abstentionniste. Poutou clairement appelant à refuser ce faux choix du deuxième tour, Mélenchon, plus coincé appelant chacun "à prendre ses responsabilités" pour le matin gris de mai.

L'abstention devient ainsi partie du jeu électoral pour ce cartel de partis de gauche déchue s'il veulent garder un semblant de crédibilité pour continue r) prétendre parler au nom de la "population" (Poutou) et de notre "chère patrie" (Mélenchon). Cette abstention ne dérange pas la bourgeoisie, qui s'est plus fait peur en craignant que Le Pen ne soit pas au second tour – ne nous avait-on pas assuré que Marine la radoucie allait planer dans les 30%? - aucun média ne nous informe sur une abstention ce coup-ci plus importante qu'aux élections similaires antérieures, et ils se fichent de celle qui apparaîtra au second tour tellement l'infrapolitique "faire barrage à" gonfle d'importance l'électeur bobo de base. 2002 une tragédie? 2017 une farce? Comme disait notre grand penseur prolétarien du dix-neuvième.

L'abstention prônée par dépit des Poutou et Mélenchon est plus alignée sur le dégoût des milieux prolétaires français comme dans les banlieues "diversifiées"- où le dimanche électoral est passé inaperçu comme je l'ai constaté à Pierrefitte et Grolay - que véritable dénonciation de la supercherie électorale basée sur un fric énorme dont on ne sait la provenance, quoique en grande partie de l'Etat lui-même; traversant divers petits bleds j'étais effaré d'imaginer des milliers, de voir ces tonnes d'affiches des neuf potiches collées devant chaque mairie ou école, période faste pour les imprimeurs! Sans oublier des meetings géants multiples et répétés qui on en effet irradié et favorisé la soumission électorale à de minables bateleurs d'estrade sans réel projet de société alternative, dans un ordre immuable respecté de bout en bout qui octroya nirvana et satisfecit aux sondagiers, redevenus les grands manipulateurs incontournables de "l'opinion".

La bourgeoisie a gagné la guerre électorale mais ouvert en même temps une période d'instabilité. Ce n'est pas la première fois que le suffrage universel anéantit l'autorité et menace de faire de l'anarchie l'autorité (Marx) mais en se drapant dans la "légitimité populaire", et avec la nécessité de continuer à dépouiller le prolétariat de toute garantie sociale et salariale, le prochain gouvernement, de coalition ou de cohabitation, devrait persister à dévier l'attention de la lutte de la classe opprimée face au dehors, "l'invasion", le retour effrayant des djihadistes, l'exaltation de "l'union patriotique" comme préparation à la guerre, seule échappatoire et seul exutoire pour "redonner de la compétitivité à la France", avec une nouvelle politique, la même, un nouveau personnel politique, les mêmes.



NOTES:

1L'argumentaire de Dray peut obtenir la palme de l'argutie perverse: "ma famille politique a été prise en otage par Fillon" et "le débat démocratique n'a pas pu avoir lieu à cause des affaires". Vous connaissez l'histoire de la grenouille qui se voyait plus grosse que le boeuf? La même perversion éjaculait tous les jours dans les colonnes de Libé-Rothschild, en particulier contre le machisme supposé de Fillon évoquant la grossesse de Léa Salamé, une démonstration féminosto-débile s'étalait dans un long article. Heureusement qu'une Elisabeth Lévy a déconstruit cette bêtise crasse qui caractérise l'infantilisme anorexique du gauchisme où un sentimentalisme répugnant tient lieu de raisonnement politique, tout en soutenant l'orientation voulue par la gauche encore au pouvoir et les lobbies financiers, pirates en vigies. Le Monde confirma que Fillon avait rendu les vrais costumes, mais les coups redoublés avaient porté par la masse des petits bourgeois, si naïfs en politique, ulcérée que ce voleur ait "trop piqué dans la caisse"! Défaite morale pour la droite, a semblé regretter Dati, trop heureuse de la déconfiture fillonesque.

2Moins utopiste radical que les Hamon et Poutou, le programme de Mélanchon, bouillie de promesses et de garanties intenables, révèle le doctrinaire impuissant si bien décrit aussi par Marx: "Ainsi donc, pendant que l'utopie, le socialisme doctrinaire qui subordonne l'ensemble du mouvement à un de ses moments, qui met à la place de la production commune, sociale, l'activité cérébrale du pédant individuel et dont la fantaisie supprime la lutte révolutionnaire des classes avec ses nécessités au moyen de petits artifices ou de grosses sentimentalités, pendant que ce socialisme doctrinaire qui se borne au fond à idéaliser la société actuelle, à en reproduire une image sans aucune ombre et qui veut faire triompher son idéal contre la réalité sociale, alors que le prolétariat laisse ce socialisme à la petite bourgeoisie, alors que la lutte entre les différents systèmes entre eux fait ressortir chacun des prétendus systèmes comme le maintien prétentieux d'un des points de transition du bouleversement social contre l'autre point, le prolétariat se groupe de plus en plus autour du socialisme révolutionnaire, autour du communisme pour lequel la bourgeoisie elle-même a inventé le nom de Blanqui

3Quelques agités gauchistes ont commencé à se ridiculiser à nouveau en jouant à l'émeute parisienne "antidémocratique" comme disent les journaputes. L'émeute est tout pour les nanars sauf une lutte de classe indépendante mais toujours favorable aux gouvernements bourgeois comme Marx l'explique si bien dans "Les luttes de classes en France": "Méprisé par ses ennemis, maltraité et journellement humilié par ses prétendus amis, le gouvernement ne voyait qu'un moyen de sortir de sa situation répugnante et insupportable: l'émeute. Une émeute à Paris aurait permis de proclamer l'état de siège dans la capitale et dans les départements et d'être ainsi maître des élections" . Il ajoute plus loin: "Le prolétariat ne se laissait provoquer à aucune émeute parce qu'il était sur le point de faire une révolution".

mercredi 19 avril 2017

LA GRANDE PEUR DE LA BIEN-PENSANCE ELECTORALISTE



« On ne fait pas marcher un peuple par surprise plus vite qu'il ne veut. Malheur à qui tente de lui forcer l a main ! »

Victor Hugo (Les Misérables, cinquième partie, Jean Valjean, livre premier, p79)



Oh ce n'est ni le risque d'un attentat terroriste réussi, ni l'abstention, ni une immixtion des services secrets russes que craint le système de trucage électoral officiel, ni d'une perte d'identité des intérêts de classe dominante. Dans un pays où revendiquer une identité française comme une identité de classe signifie que vous êtes un ridicule ringard, le mot identité est ouvertement conchié par journalistes et philosophes assermentés à l'idéologie négationniste de l'impérialisme américain – qui lui seul a le droit de revendiquer une identité américaine pour ses citoyens mélangés – les dits philosophes de FR3 ont assuré avec leur morgue professorale que le mot identité ne veut plus rien dire, les Boltanski (« c'est policier... montrez moi votre carte d'identité...manger des pâtes ou du couscous on s'en fout »), et les Chamoiseau (« les ex-colonisés ont enfin trouvé une identité quand les 'autres' qui cherchent la leur »(hi hi) ; ils n'ont pas eu de mots assez méprisants pour se moquer des vieilleries « islamophobes » et « fascistes » qui continuent à résister au melting-pot voulu par l'hyper impérialisme du fier guerrier à la moumoute. Il est vrai que la France est la honte de l'Europe car elle est la seule à afficher une laïcité aussi ostentatoire au point qu'on se félicite dans les cabinets diplomatiques qu'un candidat mineur et téméraire comme un Poutou revendique le retour du voile dans les lycées. Il est vrai que l'immigration ne sert plus seulement à faire baisser les salaires mais est un gage de suppression de la classe ouvrière, et que les Etats-Unis ont montré l'exemple en procédant à un empilement des vagues successives d'immigration , chacun « restant chez soi » avec « ses coutumes et croyances » au lieu d'évoluer vers une unité sociale humaine et débarrassée des préjugés religieux et capitalistes1. Le système électoral bourgeois reste cependant, bien plus que la communautarisation de la société, le principal moyen de dévoiement du prolétariat, même s'il en est absent formellement comme tel.



Le Figaro identitaire et zemmouriste s'est fendu d'un reportage à la nécropole de Saint Denis, déplorant le peu de visite des tombeaux des rois de France ; il y a pourtant une explication simple, quoique superficielle, l'église est entourée de HLM avec paraboles orientées vers le Sud et la ville ressemble de plus en plus à Alger que j'ai visité il y a trente ans : la rue principale est bordée par les mêmes boutiques de bazars pour ghetto arabe, quoique tenues par des chinois. Je m'y suis promené récemment et je dois dire pourtant y avoir trouvé une atmosphère conviviale et heureuse à la terrasse des cafés et des voilées souriantes ; un ticket de métro coûte quand même moins cher qu'une traversée en bateau vers Alger la blanche. Les tombeaux des rois de France, ces salopards de colonisateurs, avec à leurs pieds de ridicules bouillottes animales ne contiennent plus aucune identité, pardon dépouille, car nos conventionnels jacobins éradicateurs de vanités féodales ont jugé utile de jeter les vieux os à la décharge et de récupérer le plomb des catafalques pour en faire des balles pour défendre la nation cet entité non féodale, quoique brièvement identité capitaliste.



Foin de toute paranoïa identitaire ou d'affres exagérées pour la baisse tendancielle de ses profits, le système de foutage de gueule dominant craint que « le fascisme » ne soit pas au deuxième tour ! Oui vous avez bien lu, la bourgeoisie française – cet amalgame diffus de menteurs professionnels quotidiennistes et de phraseurs politiques odieuvisuels – serait catastrophée si Marine ne figurait pas au second tour. Toi lecteur intelligent tu as compris. Pour les autres, je dirai ceci : vous imaginez un concours Fillon-Macron ? L'abstention passerait de 30 à 50% ! A part les vieux machins planqués des quartiers riches et les artisans et péquenots réacs qui irait voter pour Fillon-voleur (mais pas plus que tous les parlementaires) et Macron-menteur (mais comme tous les jeunes financiers) ? Le suspense électoral serait réduit à zéro. Pas bon pour la démocratie des riches !



Comment faire participer les pauvres à un combat de riches si celle qui est sensée représenter les pauvres (certes plus malheureux que cons) est éliminée du cirque à nigauds ?

Dramatique mon cher Watson surtout dans la dernière ligne droite.



Tout a été millimétré pour successivement faire monter et descendre la mère Le Pen dans les variations saisonnières de la sondagerie, en veillant comme le lait sur le feu à ce que la méchante blondasse reste en tête du panel. Dans tous les cas de figure on rassurait les joueurs à la loterie nationale, en aucun cas elle n'aurait le ticket gagnant pour le second round en mai. Jusque là on avait alterné le chaud et le froid, un coup on l'invitait royalement sur un plateau en la traitant respectueusement comme « tout autre candidat » mais le lendemain les quotidiennistes de gouvernement se déchaînaient contre la perspective du « chaos » représenté par le programme de la dame au toc de la mèche de cheveu. Raccourcie un temps car sujette à la même radinerie (parlementaire) que Pénélope, la tête bleu marine semblait se maintenir à flot en haut du panier électoral présumé, mais voilà qu'elle menaçait d'un retour de la déportation des enfants juifs... alors là nos médias y avaient été un peu fort, ils se firent taper sur les doigts – Marine risquant de passer derrière le chaviste Mélenchon, ce qui effraya plus encore les banquiers, voire de rétrograder à la place peu enviable du Fillon-voleur, la place de quatrième, la place du mort aux jeux olympiques internationalistes.

Les choses sont claires pour la gauche bourgeoise, elle sait qu'elle ne peut pas escompter revenir au pouvoir après une aussi violente attaque contre la classe ouvrière avec l'inventeur du 49.3 l'ubériste Macron. La clintonisation de la campagne de Macron, avec strass et paillettes et palettes de vedettes l'aura autant desservi que cette pauvre Hillary, il a fini par vraiment représenter l'élite la plus arrogante qui donnerait envie de faire gagner la mère Le Pen. Une fraction de la bourgeoisie pro-américaine, avec le soutien du Hollande en partance, aurait bien voulu le faire gagner en le faisant passer pour un rénovateur de la vie politique bipolaire, j'allais dire pipolaire, mais le cheval est un peu trop morveux et creux comme une valise de bobo cadre. Les pitreries du bateleur national-populiste Mélenchon avec ses hologrammes et ses forêts de drapeaux tricolores ont été facilement réduites à néant par un mot de Hollande, « simpliste » ; il eût pu être plus méchant, Mélenchon est simplet dans ses arguties, il ne pourrait même pas être un Tsipras comme l'imaginait Arthaud le perroquet d'Arlette. Hamon avec son programme de garantie néo-stalinienne – et comme héritier bâtard mais héritier putatif (et putain) tout de même du parti bourgeois en charge de l'austérité durant cinq ans – se sera retrouvé très vite, bafouant les prétentions arrivistes pressées des aigris « frondeurs », au juste niveau des divers petits Poucets sans aucun intérêt que d'ajouter leur stand de petits épiciers sans avenir à la foire à l'encan.

L'alternance au pouvoir est aussi nécessaire au pouvoir « démocratique » bourgeois que l'eau au pastaga. Surtout que l'électeur est un genre sans mémoire. La crise économique qui se concrétise de plus en plus sur le terrain de la guerre impérialiste n'a pas besoin dans l'Etat d'une alternance mi-chèvre mi-chou, un centre à la Giscard possible dans les années fastes (ou alors ce sera une crise ouverte et un affaiblissement de la bourgeoisie française). Trump et le Brexit ont manifesté le besoin d'un repli national, qui n'est pas une régression des intérêts bourgeois, mais une meilleure préparation à la guerre, et forme renouvelée de la vieille union nationale des deux boucheries impérialistes.

L'Etat bourgeois pour assurer une continuation sans fard des attaques anti-ouvrières n'a pas besoin de Charlots qui promettent l'impossible (l'emploi complet et l'interdiction des inégalités en milieu scolaire) ; encore moins d'un vague galaxie « en marche », qui n'aura été qu'un sas de sécurité pour animer le cirque à destination des angoissés des couches moyennes, et tout juste apte à recréer le bordel d'une IV e République. La pro-américaine bande à Macron, assez clintonienne, n'est pas même une carte sûre pour l'emporter dans un hypothétique deuxième tour face à Le Pen...



Le barnum électoral aura évité de parler des sujets qui fâchent vraiment : les causes de la guerre, le pourquoi des migrations massives, la nécessité du chômage de masse pour la survie du capitalisme, la nécessité de faire éclater toutes les garanties sociales. Auront dominé les petites phrases de représentants de commerce et de publicitaires superficiels, le coup monté contre Fillon, le feu follet Macron, et les gesticulations impuissantes des petits Poucet.
En résumé on aura vu les programmes des utopistes (Hamon, Mélenchon, Le Pen) réduits à néant par celui des salauds (Macron, Fillon) ; mais tout deviendrait plus compliqué si le deuxième tour opposait Fillon à Macron. Une partie de la bourgeoisie française néo-gaulliste, à tonalité religieuse et pro-russe se confrontant avec la fraction élitaire et pipole ouvertement pro-américaine, il y a de fortes chances que Fillon-voleur l'emporte, ce qui n'aurait rien d'inattendu et confirmerait bien cette « volonté d'indépendance » qui est obtenue de la masse électorale dans la compétition bourgeoise des pays européens d'une Europe en perdition. Un challenge Fillon-Le Pen permettrait de réduire l'abstention et de rejouer à minima le tortueux 2002 mais tout de même risqué... du fait de l'abstention plus importante que lors de l'élection de « bandit Chirac » ; de Charybde en Scylla la bourgeoisie pourrait vivre les affres d'une possible victoire Le Pen qui ne vaudrait pas mieux que son absence au deuxième tour de cirque. On verra bien, mais il n'y a guère de chance de voir la blondasse à l'Elysée car son parti est isolé, ne contrôle pas les médias etn le fonctionnement népotiste de ce machin fait aussi peur à ses électeurs...protestataires d'un système qu'ils croient réformable.
Ajoutons pour finir, que l'enjeu religieux a été généralement négligé par les quotidiennistes du bistrot-info télévisuel depuis des années. Sarkozy avait gagné en invoquant ceux qui « égorgent le cochon dans la baignoire », Hollande avait gagné grâce à un électorat musulman flatté. Fillon en tablant sur le vote catho sait ce qu'il fait vu la déshérence de l'électorat musulman... Malheureusement pour tous les marchands de religion, la réalité des classes reprend le dessus. Il faut alors aux curés et imams battre le rappel. N'est-il pas singulier qu'au « salon » des nouveaux « Musulmans de France » l'abstention ait été érigée comme « pire des choix » ?2 En effet car c'est le « vote musulman » qui saute aussi, car il n'y avait pas plus de vote musulman que de vote français ou juif en 2012, mais un vote de pans entiers de prolétaires en effet d'origine arabe et qui crurent à un meilleur niveau de vie, voire à moins de répression avec la gauche au pouvoir. La vérité c'est que les prolétaires de toute origine ont été victimes des attaques du gouvernement (de gauche) des patrons (français ou étrangers). Vu qu'une grande partie de la classe ouvrière est d'origine immigrée ou arabe en France et qu'elle va s'abstenir comme une majorité d'ouvriers en général, un Fillon peut courtiser en effet les vieux machins cathos avérés ou pas et la clientèle du FN apte au « vote utile » si elle se rend compte que la mère Le Pen restera toujours une potiche figurative vouée au rôle du méchant repoussoir comme le pater.
Sans l'afficher, au sein de la gouvernance bourgeoise, qui n'est pas pour l'essentiel au gouvernement mais dans le cartel des banques, des think tanks et des diverses franc-maçonneries, il peut y avoir un « changement d'opinion » ou d'orientation si un cheval n'est plus porteur. Après avoir tenté de tuer Fillon, sans y avoir réussi, une fraction (via les instruments des flics, Canard et Médiapart) n'a pas réussi à trouver une affaire vraiment louche au mari de Pénélope ; sauf cette minable supposition qu'il aurait rendu de faux costume. Et finalement tous ceux qui lui crient de « rendre l'argent » rendent service à une classe voleuse et dispendieuse, ses supporters peuvent invoquer sans honte l'idéologie américaine (il n'y a pas de honte à s'enrichir), ainsi a-t-il pu répondre benoîtement à la Croix, sans soulever l'ire des médias : « je ne suis pas François d'Assise » !
Probablement le dernier scoop avant l'échéance finale, l'attentat déjoué vient rendre service à Fillon. Etrange mon cher Watson encore une fois ! Avec un montage juridico-policier de l'info qui confine à la bêtise infinie ou à nous prendre vraiment tous pour des caves3. Trois candidats « auraient été » la cible possible des futurs assassins (avec carte d'identité posée sur le siège arrière) : Fillon, Macron et Le Pen. Angoissé et solidaire avec ses collègues, le camarade Mélenchon a immédiatement fait savoir sa compassion aux trois cités. Mais l'affaire semble plus juteuse pour Fillon – même si en réalité une fraction étrangère (que vous devinez) souhaite l'éliminer aux deux sens du terme – car on lit ceci : « Le candidat LR a été mis en scène dans une vidéo inquiétante par les terroristes présumés de l'attentat déjoué de Marseille. Des documents ont été retrouvés lors des perquisitions réalisées aux domiciles des suspects ».


Enfin dénoncer le cirque électoral immédiat si cela signifie n'y participer en aucun cas du point de vue du prolétariat, si cela signifie réaffirmer que ce système de trucage interclasses sert à duper sur une fausse consultation « des masses »4, si cela signifie rappeler que ce type d'élections ne change jamais rien à l'ordonnancement du monde capitaliste ni ne renouvelle son personnel, tout cela ne doit pas nous empêcher de nous exprimer sur leur déroulement et sur ce qu'elles révèlent des objectifs à terme des équipes (énarchiques) qui se relaient au pouvoir, même si dans ce cadre il n'y a aucun enjeu favorable à notre propre classe. Cela ne signifie pas non plus que nous promettons la « vengeance » syndicale dans la rue, comme à chaque fois nous le promettent ces pauvres trotskiens potiches de la contestation radicale réformiste, et qui veulent faire avaler, sous leur impuissance, qu'il n'y aurait plus que la grève pour protester contre le capitalisme et pas les autres expressions « politiques » du prolétariat, hors cirque électoral bourgeois bien sûr.


NOTES:


1Le CCI est un des rares groupes à commencer à réfléchir sur la question, il nous livre récemment cette réflexion au cours d'un article sur Trump (où ils semblent avoir compris ce que j'expliquais sur la division de la bourgeoisie américaine entre deux fractions pétrolières) ; bien avant que le CCI ne théorise un irrationalisme stupide (que le PCI a raison de lui reprocher) la bourgeoisie US empilait les vagues d'immigration, et, contrairement à ce que dit l'article , le cas des noirs américains est venu s'empiler lui aussi au service de la farce des « droits démocratiques ». On regrettera que l'article ne développe pas cet aspect de l'immigration très différent désormais de ce qu'elle fût au 19 e et 20 e, ni ne confronte les bonimenteurs qui disant qu'il n'y a pas plus d'immigration qu'en 1920, passe sous silence l'imposition d'un mode de vie antique et la causalité de la guerre. « « Les États-Unis sont un pays fondé par des colons et peuplé par des vagues d'immigration. L'intégration des différents groupes et intérêts ethniques et religieux dans une seule nation est la tâche en constante évolution historique du système constitutionnel et politique existant. Un défi particulier pour ce système est l'implication des leaders des différentes communautés immigrées dans le gouvernement, puisque chaque nouvel vague d'immigration commence en bas de l'échelle sociale et doit "gravir les échelons". Le prétendu melting-pot américain est en réalité un système hautement compliqué de coexistence (pas toujours) pacifique entre différents groupes : « Historiquement, à côté des institutions telles que les organisations religieuses, la formation d'organisations criminelles a été un moyen éprouvé pour les groupes exclus d'avoir accès au pouvoir. La bourgeoisie américaine a une longue expérience dans l'intégration du meilleur de la pègre dans les échelons supérieurs. C'est une saga familiale souvent répétée : le père gangster, le fils avocat ou politicien, le petit-fils ou la petite-fille philanthrope et mécène. L'avantage de ce système était que la violence sur laquelle elle reposait n'était pas ouvertement politique. Cela la rendait compatible avec le système étatique bipartite existant. Vers quel bord allaient les votes italiens, irlandais ou juifs dépendait de cet assortiment donné et de ce que Trump appellerait les "services" que les républicains et les démocrates offraient aux différents intérêts communautaires et particuliers. En Amérique, on doit constamment s'occuper de ces assortiments entre communautés, et pas seulement de ceux entre les différentes industries ou branches de l'économie par exemple. Mais ce processus d'intégration politique essentiellement non-partisan, compatible avec la stabilité des appareils partisans, commença à faiblir pour la première fois face aux revendications des Noirs américains. Ces derniers étaient originellement venus en Amérique non en tant que colons mais en tant qu'esclaves. Ils ont dû pleinement subir depuis le début le racisme capitaliste moderne. Pour qu'une élite noire puisse avoir accès à l'égalité bourgeoise devant la loi ainsi qu'au pouvoir et aux privilèges, des mouvements ouvertement politiques devaient être créés. Sans Martin Luther King, le Mouvement des droits civiques mais aussi une violence d'un nouveau genre - les émeutes dans les ghettos noirs durant les années 1960 et les Black Panthers - la présidence Obama n'aurait pas pu exister. L'élite dominante établie a réussi à relever ce défi en associant le Mouvement des droits civiques au Parti démocrate. Mais de cette manière, la distinction existante entre les différents groupes ethniques et les partis politiques était remise en question. Le vote noir allait régulièrement au Parti démocrate. Au début, les républicains furent capables de développer un contrepoids à ceci en obtenant une part plus ou moins stable du vote latino (d'abord et avant tout de la communauté des exilés cubains). Quant au vote "blanc", il continuait à aller d'un bord à l'autre en fonction des propositions faites ». http://fr.internationalism.org/revue-internationale/201703/9537/lelection-trump-et-delitement-lordre-capitaliste-mondial



2Avec toujours cette scandaleuse prétention communautariste et religieuse à parler au nom de tous les travailleurs arabes qu'ils soient croyants ou pas.

3 Les terroristes en préparation ou après acte laisseraient toujours leur carte d'identité. On tient vraiment à les faire passer pour des crétins, à défaut de comprendre leur manipulation par la CIA-daech. Ainsi, sans rire, le célèbre nécrologue Molins « explique » comment il a été fastoche d'appréhender les deux zigotos marseillais : « Mahiedine M. avait également envoyé une lettre à la police accompagnée de ses documents d'identité. Il y était écrit: «Je vous donne ma carte d'identité parce qu'à cause de vous, je n'en ai plus l'utilité. Vous saurez bientôt pourquoi», a encore précisé François Molins ». Tu parles Charles, on ne sait jamais ni pourquoi ni comment !

4On doit toujours se méfier des pronostics mais la prévision fait partie intégrante de toute réflexion politique intelligente. Au niveau du pronostic je ne nie pas m'être trompé avec le CCI en 1981, et on a subi les pires foudres de tous ceux qui n'avaient rien compris au fond de l'analyse. En 1979, « le vieux », Marc Chirik - qui s'était planté sur le pronostic avec nous - répondait aux analyses schématiques des camarades espagnols que la réalité n'est jamais un scénario écrit d'avance et qu'il faut se méfier de tomber dans l'immédiatisme :  « ...Bien plus important et plus juste aurait été d'expliquer pourquoi la bourgeoisie a eu amplement recours, durant ces dernières années, aux élections, moyen de dévoiement particulièrement efficace contre la classe ouvrière et tout particulièrement utilisé avec succès, dans ce but, par les partis de gauche. Les élections ne sont pas une alternative aux crises politiques de la bourgeoisie, elles sont plutôt son expression. Certes les élections servent de champ d'affrontement entre différentes fractions de la bourgeoisie mais elles servent avant tout, dans la période actuelle, de moyen de mystification et de démobilisation de la classe ouvrière. C'est la raison pour laquelle la bourgeoisie ne cherche pas à les éviter mais au contraire à les utiliser au maximum, à garder cette arme en réserve, tout au plus pour de meilleures circonstances. Même des régimes comme ceux d'Hitler et de Staline en ont fait largement usage (…) Certes, les ambitions personnelles et les intrigues de cliques ne manquent pas dans les partis socialistes, où comme dans tous les partis bourgeois règnent en maîtres les mœurs « Ote-toi de là que je m'y mette ». C'est là une constance mais cela n'explique en rien pourquoi ces mœurs ont pris aujourd'hui une ampleur particulière, pourquoi elles prennent aujourd'hui et pas deux ans avant la forme d'une « radicalisation » verbale et pourquoi c'est précisément les fractions « radicales » qui l'emportent ». (La gauche dans l'opposition ou la droite au pouvoir, octobre 1979).

dimanche 16 avril 2017

AUX ORIGINES DE LA FABLE D'UN REVENU « GARANTI » : le régime capitaliste d'Etat en URSS


On a oublié que la matrice des valeurs de gauche est l'Etat-papa, l'Etat providence, l'Etat social que promettait la social-démocratie avachie de la fin du XIXe siècle, c'est à dire l'Etat bourgeois non détruit mais avec des « garanties » pour les exploités : une sécurité sociale (merci Bismarck), des congés payés (merci Léon Blum), un pouvoir d'achat (merci Marchais), les 35 heures (merci Jospin), au-delà il n'y a plus rien. Plus rien de crédible par toute la gamme des politiciens corrompus ou qui ne demandent qu'à l'être, plus rien à attendre du suspense électoral renouvelé mais de plus en plus lassant.
Cette idée de garantir une vie décente fût celle de la gauche bourgeoise tout au long du XX e siècle, mais elle n'a cessé de virer au cauchemar devant pourtant la vitrine de l'abondance consumériste, laissant crever dans la misère sociale, psychologique et létale une minorité grossissante frappant plus ceux qui viennent de l'étranger dans des ornières nationales incapables de solutionner les problèmes pourtant communs au monde entier. Pas question d'entrer ici dans les débats tordus entre feignasses et technocrates sur le travail en général, ses bienfaits et ses tares. Il suffira de rappeler que la matrice des réformes pour digérer la question du travail politiquement a bien été le cas « exemplaire » de la caserne russe pendant 50 ans, aussi éloignée du communisme réel que le capitalisme ubérisé d'aujourd'hui. Ne nous a-t-on pas si longtemps seriné que le « socialisme réellement existant » garantissait emploi + logement + gaz gratuit ?1. Tout était garanti en URSS, santé, logement, salaire, le chômage était inexistant (même dans les goulags), des politiciens gaullistes, molletistes en convenaient auprès de leurs confrères les députés staliniens incultes et leurs courroies de transmission de l'appareil CGT.

La bureaucratie stalinienne imposa cette vision « garantie » à l’ensemble du monde politique, et ce pour des dizaines d’années. Face aux militants anti-syndicalistes révolutionnaires et maximalistes rétifs au travail à la chaîne, au salaire au rendement, l'activiste de base stalinien clamait : « Dire que l’on est contre le travail à la chaîne me fait penser à quelqu’un qui dirait qu’il est contre la pluie. […] Nous sommes pour les principes de l’organisation scientifique du travail, y compris le travail à la chaîne et les normes de production » (Congrès CGTU de la métallurgie, 1937). Il n’est peut-être pas inutile non plus de rappeler que le PCF envoya, à la Libération, ses ingénieurs se former aux États-Unis.

Les trotskiens étaient les premiers à vanter ce succès « garanti » de l'économie « collectiviste » et prêts à mourir dans une nouvelle guerre mondiale pour la patrie du « socialisme garanti ». Malgré l'effondrement lamentable du « socialisme garanti », aucun des nombreux camps trotskiens n'a été fichu de porter la moindre critique de base au capitalisme d'Etat stalinien, et bien sûr parce qu'au fond de leur utopisme radical réside le même rêve infantile d'un Etat-papa, léniniste garanti pure souche. Marx s'est moqué, parfois contradictoirement, du droit au travail mais n'a jamais parlé de droit du travail, tout comme il n'a jamais jeté la moindre illusion sur des « garanties ».

Le droit au travail n'est que le droit d'être exploité dans le système capitaliste comme dans les divers régimes capitalistes d'Etat du Moscou de naguère jusqu'à Cuba. Le travail aliéné n'est pas pour toujours destiné à l'être2 Les trotskiens, ces bâtards de l'époque stalinienne, dont les Mélenchon, Poutou et Hamon ne sont que les rejetons ont proudhonisé la critique marxiste de la fable du droit au travail, customisé donc en « droit du travail », plus agrémenté de la fable électorale hamonesque d'idéologie syndicale de « garanti de revenu », palinodie ronflante entre « sécurité sociale » et « pouvoir d'achat ». André Gorz ne fabulait pas sur une disparition automatique du travail, mais avant de pronostiquer une disparition du prolétariat, il ramenait le « droit au travail » (pas le droit DU travail syndicalo-trotskien) à une dignité citoyenne, ce qui n'est ni faux ni éternel3

Les derniers vieux staliniens russes et français indécrottables vous balancent encore et toujours les mêmes certitudes qui faisaient écran au faux socialisme russe : la sécurité sociale, un État fort et la justice. « Un salaire peu élevé, mais garanti, un emploi garanti également », arguant qu’à notre époque de concurrence effrénée, les gens n’en bénéficient plus et de se tourner vers un passé où ils croient se rappeler avoir bénéficié de tout ça.

Une russe de passage contredit cette vision lénifiante ; « « Rien n’est parfait aujourd’hui, constate-t-elle. Mais ceux qui affirment qu’en URSS la vie était rose oublient comment elle était en réalité. Des queues interminables dans les magasins et chez le médecin, ainsi que des réunions du parti où chacun évoquait ce en quoi il ne croyait plus depuis longtemps. Et avec ça, le pays était fermé au monde ». Je me souviens – il y a 40 ans – de l'objection d'un collègue passé du lambertisme au statut de candidat municipal pour le PCF, lorsque je lui disais la même chose que cette femme : « tu crois tout ce que disent les journaux bourgeois » !

LES MENSONGES GARANTIS EN 1967 :

Dans la REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARE, un certain Saivanov définissait la liberté du travail en « régime socialiste » :

« L'un des principes fondamentaux est l'authentique liberté du contrat de travail. Ce principe implique le consentement au travail, la liberté pour l'ouvrier ou l'employé de changer de travail ou de cesser le travail à sa demande, la licéité — avec l'accord du travailleur — du changement d'affectation de ce dernier. Néanmoins, chaque citoyen valide est tenu de travailler. Dans la société socialiste, l'universalité du travail constitue une loi objective, déterminée par l'hégémonie sans partage de la propriété socialiste sur les biens de production. Les exigences de cette loi objective sont exprimées dans l'article 12 de la Constitution, qui souligne que le travail en U.R.S.S. est un devoir et une question d'honneur pour chaque citoyen valide, selon le principe « celui qui ne travaille pas ne doit pas manger ».

Le salaire est une partie du revenu national que les ouvriers et les employés reçoivent de l'Etat pour satisfaire leurs besoins personnels. Le salaire est garanti par l'Etat. Il est versé indépendamment des revenus d'une entreprise déterminée, en vertu de règles antérieurement fixées, selon des indices de travail en qualité et en quantité.

Le renforcement de l'intéressement matériel des travailleurs à l'amélioration du travail des entreprises, qui résulte de l'entrée en vigueur de la réforme économique, ne modifie pas le caractère garanti du salaire. Le droit au salaire garanti par l'Etat conserve son inviolabilité ».
Tu parles Charles !

COMMENT LE CHOMAGE AVAIT-IL ETE SUPPRIME PENDANT LE SOCIALISME GARANTI ?
Dans les années 1920, le chômage est reconnu et calculé par diverses sources en URSS, avant que sa disparition ne soit décrétée à l'automne 1930 à un moment où se pose un problème de pénurie de main-d’œuvre dans un contexte d'industrialisation rapide. Néanmoins, le chômage atteint environ 10 % de la population active dans les années 1926-27. La reconnaissance du chômage ne reviendra qu'à l'effondrement de l'URSS. La fin de la NEP et les années 1930 inaugurent une planification centrale de l'emploi.

La plupart des ouvriers et des spécialistes sont recrutés soit par les entreprises, soit par un bureau central de l'emploi dans les grandes villes. Du fait de l'absence officielle de chômage, la concurrence entre les entreprises pour l'embauche est forte sur le marché de l'emploi. Dans les années 1960-1970, la mobilité des travailleurs est importante : un sur cinq change d'emploi chaque année. La grève est interdite, mais l'absentéisme est très répandu. Le revenu inconditionnel – mais jamais complètement car il y a la prison et les faits de délinquance sont cachés - permet donc de couvrir les besoins vitaux, de vivre sobrement en tirant le diable par la queue et en espérant connaître un jour les facilités de la vitrine occidentale... pas un monde sans argent. La classe ouvrière reste aliénée, gouvernée par une noria de bureaucrates et syndicalistes de toute espèce, et vouée à la pauvreté sociale et intellectuelle.

Le salaire en nature était considéré comme la garantie de l’existence du peuple, à tel point que la rémunération, sous forme de prestations en nature, qui ne constituait en 1917 que 5,3 % de la valeur du salaire global moyen d’un ouvrier industriel, atteignit 47,4 % en 1918, 80 % en 1919, 93,1 % en 1920 et 93,8 % début 192113. La NEP aboutit à rejeter la notion même d’égalisation des salaires, ce qui provoqua d’abord la colère du mouvement syndical encore rebelle, mais on lit, dans le rapport du Conseil central des syndicats de l’URSS de 1932, que c’est « grâce au camarade Staline » que les syndicats ont commencé à anéantir le vieux système de « l’égalitarisme petit-bourgeois » :

« Le nivellement dans les besoins et la vie privée est une stupidité petite-bourgeoise réactionnaire, digne de quelque secte primitive d’ascètes, mais non point d’une société socialiste organisée d’une façon marxiste, car l’on ne peut exiger des hommes qu’ils aient tous les mêmes besoins et les mêmes goûts, que, dans la vie personnelle, ils adoptent un standard unique ». Staline ajoutait que « la conséquence de l’égalisation des salaires est que l’ouvrier non qualifié manque d’une incitation à devenir un travailleur qualifié et se trouve ainsi privé de perspectives d’avancemen».

Anton Ciliga n'était qu'un agent de la CIA lorsqu'il écrivait chez Gallimard en 1938:

"C'est en effet à cette époque que l'on déclara que le chômage était "liquidé" en Russie soviétique; par voie de conséquence, les indemnités de chômage furent elles aussi "liquidées". On abrogea en outre un certain nombre de dispositions protégeant les travailleurs. D'autre part, les journaux s'en prenaient violemment aux ouvriers qui sous une forme ou sous une autre opposaient une résistance à l'exploitation bureaucratique et les déclaraient "indisciplinés, fainéants et ivrognes". Sous couleur "d'émulation socialiste" on introduisait un "sweating system" combiné avec la corruption d'une petite minorité ouvrière par toutes sortes "d'avancements". Et les opposants emprisonnés dans les "isolateurs" n'avaient pas de mots assez dur contre Trotski qui défendait quand même St aline: "D'ailleurs, je constatai avec inquiétude qu'il y avait une lacune dans les lettres et autres écrits de Trotski qui nous parvenaient en prison: Trotski ne parlait jamais d'organiser des grèves, d'inciter les ouvriers à la lutte contre la bureaucratie, de mobiliser la classe ouvrière en faveur du programme économique trotskiste. Sa critique, son argumentation, ses conseils semblaient adressés au Comité central, à l'appareil du parti. Evoquant la chute verticale du niveau de vie des ouvriers, Trotski concluait, en bon patron qui donne ses conseils à l'administration; "Que faites-vous? Vous gaspillez le capital le plus précieux – la force de travail". Le sujet actif restait toujours pour Trotski "le parti" avec son Politbureau ou son Comité central, le prolétariat n'était que "l'objet".".4

La Constitution de 1936 posait le principe chrétien « À chacun selon son travail » à la place du principe communiste « À chacun selon ses besoins ». Le stalinisme avait supprimé, en 1928, toute idée de salaire de base garanti. Il généralisait le taylorisme, déjà applaudi par Lénine qui n'en faisait lui qu'une étape transitoire en attendant la révolution mondiale.

Personne n'a jamais vraiment analysé les arguties des employés du stalinisme pour justifier le capitalisme d'Etat « national » et comment ils justifiaient l'exploitation par l'Etat et sa couche de technocrates politiques. Je vous en donne l'occasion (et le rire) suivez le guide. Le discours stalinien avait le même contenu utopique cynique, face à la réalité vraie, qu'un discours de l'âne Hamon, du baudet Mélenchon, le perroquet d'Arlette ou de l'agnelet Poutou.


EXTRAITS DU PETIT GUIDE SINCERE DE L'UNION SOVIETIQUE par le brave Georges Cogniot (1954)

L'HOMME LE CAPITAL LE PLUS PRECIEUX (chapitre IV)

L'essor continu du bien-être matériel. En Union soviétique, chaque progrès économique aboutit à un progrès social, à un relèvement du niveau de vie des travailleurs.

Dans un pays bourgeois comme la France, chaque progrès économique accumule la richesse au pôle capitaliste de la société, la misère à l'autre. Si les ouvriers de la chaussure ont fabriqué « trop » de souliers, ils sont mis au chômage et vont pieds nus.

Dans un pays capitaliste, s'il se produit une augmentation du revenu national, toujours due à l'effort des travailleurs, elle profite aux groupes d'exploiteurs, avant tout à la classe des capitalistes. En France, les classes exploiteuses s'approprient plus de la moitié du revenu national.

En Union soviétique, l'augmentation du revenu national signifie directement l'augmentation du bien-être des travailleurs. En effet, l'intégralité de ce revenu est le patrimoine des ouvriers, employés et paysans : les trois quart sont mis directement à leur disposition pour la satisfaction de leurs besoins matériels et culturels, le reste sert à élargir la production sociale et à couvrir les besoins généraux de l'Etat des travailleurs. Durant la période 1940-1951, le revenu national de l'URSS s'est accru de 83% .

Le camarade Malenkov a dit dans son rapport au XIX e Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique :

« Les progrès réalisés dans toutes les branches de l'économie nationale ont abouti à une nouvelle élévation du niveau de vie matériel et culturel de la société soviétique. Cela est tout à fait dans l'ordre des choses ».

Nous avons déjà constaté plus haut le caractère tout nouveau d'un tel « ordre des choses » dans l'histoire du monde, l'originalité de cette révolution socialiste qui se distingue de toutes les révolutions du passé par le fait qu'elle apporte au peuple, outre la liberté, l'amélioration radicale de sa situation au point de vue matériel et culturel. Nous avons vu que par suite des baisses de prix appliquées par l'Etat à partir de 1947, le consommateur dépensait, pour la même quantité de marchandises, moitié moins en 1953 que dans le dernier trimestre de 1947.

Pour la somme que coûtait un kilo de caviar en 1947, il a été possible d'acheter dès 1952, outre ce kilo de caviar, 4 kilos de beurre, 3 kilos de fromage de la meilleure qualité, et 1 kilo de saucisson. Avec l'argent nécessaire pour 1 kilo de jambon en 1947, on a eu par dessus le marché, dès 1952, un kilo de saucisson et une grosse volaille. Avec le prix d'une bicyclette d'homme en 1947, on a acquis dès 1952, en plus du même vélo, deux paires de chaussettes d'homme, un manteau d'hiver et une blouse de soie pour fillette, une paire de chaussures d'enfant. La somme qu'on devait dépenser en 1947 pour acheter une montre-bracelet pour dame, a suffi dès 1952 pour ajouter à cette montre un parapluie de femme, un manteau d'hiver pour fillette et deux paires de bas de soie.

Telle est l'ampleur des augmentations régulières du salaire réel, du fait de la baisse des prix.

D'autre part, l'ouvrier jouit en URSS d'une sorte de salaire invisible, couramment égal au tiers de ses revenus. Ce salaire supplémentaire est constitué par les assurances sociales et pensions aux frais de l'Etat, les allocations familiales, l'assistance médicale gratuite, l'enseignement gratuit et les bourses, les séjours gratuits ou à tarif réduit dans les stations balnéaires et maisons de repos, etc.

(...)

Les moyens au service du but

Staline souligne, par la formule même qu'il donne de la loi économique fondamentale du socialisme, l'unité du but et des moyens.

Ces moyens résultent de la nature du régime socialiste : la société nouvelle ne recèle plus de causes qui puissent engendrer les crises, les dérangements périodiques de la production. Le socialisme se caractérise donc par un développement de la production méthodique, sans crises, sans interruptions, au rebours du capitalisme, qui est ravagé par la contradiction fondamentale entre le caractère social de la production et l'appropriation privée capitaliste. Quand cette contradiction est levée, quand la production devient socialiste, elle s'engage sur une ligne ascendante que rien ne vient couper. (…)

Le pays des Soviets, au contraire, procède au perfectionnement ininterrompu de l'équipement tant industriel qu'agricole et des opérations technologiques. D'une part, en développant dans tous les domaines de la production des moyens de production, il approvisionne de mieux en mieux l'économie nationale en machines ultra-modernes (…)

Les professions pénibles disparaissent. D'autres surgissent (sic), qui exigent une haute qualification. On ne trouve plus trace, en URSS, de ces emplois, occupant naguère d'énormes quantités d'ouvriers, qui consistaient par exemple à pousser le wagonnet à la main dans les mines ou dans les fonderies. Les haveuses-chargeuses marque « Dombass » et les bennes électriques sont venues partout à la rescousse des mineurs. L'ouvrier moderne est conducteur de machine dans la taille, opérateur de scie électrique dans l'industrie forestière, et partout ainsi. Il a suivi l'école moyenne : il sort parfois de l'enseignement supérieur. En tout cas, il se rapproche par ses connaissances et ses habitudes intellectuelles des techniciens et des ingénieurs, et il se trouve de plain-pied avec eux.

(…)

Les libertés sociales et politiques

Les libertés sociales et politiques visent à garantir la participation active et indépendante de chaque citoyen à la vie publique. Elles reposent sur la reconnaissance de l'initiative des masses comme fondement de l'Etat soviétique.

La liberté de parole, la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté des cortèges et des manifestations de rue sont assurées aux citoyens, en conformité des intérêts des travailleurs. Leur garantie concrète réside dans la mise à la disposition des travailleurs et de leurs organisations des imprimeries, des stocks de papier, des édifices publics, des moyens de communication et des autres conditions matérielles qui sont nécessaires pour l'exercice des droits en cause. Chacun sait que dans la démocratie bourgeoise, c'est justement l'absence de ces garanties matérielles qui rend souvent illusoire l'exercice des droits de ce genre, même quand ils ne sont pas limités formellement.

(…)

La presse

La presse soviétique est vraiment le bien des travailleurs. Et cela non seulement parce qu'elle sert leurs intérêts, mais parce qu'elle s'appuie sur de larges cadres populaires, formés par les correspondants ouvriers, paysans ou intellectuels.

D'après des données incomplètes, les journaux de l'Union soviétique avaient dès 1939 plus de deux millions de correspondants ouvriers et paysans. Chaque année, cette armée de correspondants augmente, et ainsi se renforce le lien direct de la presse avec les masses laborieuses.

Le travail de propagande, d'éducation et d'organisation accompli par les grands journaux est complété par le large réseau des journaux locaux et par les innombrables journaux d'usine et journaux muraux ».


En conclusion, il n'y a pas de quoi se moquer. Le discours politique de nos divers politiciens est du même ordre que l'argumentaire des centaines de milliers de « cadres staliniens » : faire accepter le présent au nom d'un futur présumé bien meilleur. La couverture médiatique « ambiance libérale-libertaire » via internet et les réseaux sociaux avec leurs milliers de trolls complices est bien plus prégnante, envahissante et étouffante que ne le furent les millions de tonnes de papier-mensonge de feu le « socialisme soviétique » et leurs postes à galène avant invention des cristaux liquides.


NOTES:


1En effet, le gaz fût gratuit jusqu'à la crise de 1975 où l'on vit arriver à l'agence EDF de Vanves un espion russe pour acheter un compteur. Par la suite, GDF envoya des experts avec appareils pour détection du gaz et conseils pour « odoriférer » le gaz « communiste russe » : le gaz étant inodore et les bureaucrates cherchant les fuites avec des torches, les explosions qui s'en suivaient ne pouvaient être considérées comme des attentats de la CIA.

2« Du moment où le travail commence à être réparti, chacun entre dans un cercle d'activités déterminé et exclusif, qui lui est imposé et donc il ne peut s'évader ; il est chasseur, pêcheur, berger ou « critique critique », et il doit le rester sous peine de perdre les moyens qui lui permettent de vivre. Dans la société communiste, c'est le contraire : personne n'est enfermé dans un cercle exclusif d'activités et chacun peut se former dans n'importe quelle branche de son choix ; c'est la société qui règle la production générale et qui me permet ainsi de faire aujourd'hui telle chose, demain telle autre, de chasser le matin, de pêcher l'après-midi, de m'occuper d'élevage le soir et de m'adonner à la critique après le repas, selon que j'en ai envie, sans jamais devenir chasseur, pêcheur, berger ou critique.« L'Idéologie allemande », Karl Marx, Friedrich Engels (1845), dans Philosophie, Karl Marx, Maximilien Rubel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 31
3« Aussi longtemps que le fonctionnement du système social, sa production et sa reproduction, exigeront du travail, si réduit soit le temps qu’il occupe dans la vie de chacun, sera indispensable à la pleine citoyenneté. En tant que droit de participer à la production du tout social et d’acquérir sur lui des droits et des pouvoirs, le droit au travail doit être compris comme un droit politique ».
4Au pays du mensonge déconcertant, p.180.

lundi 10 avril 2017

COMMEMORATIONS DU MASSACRE DE VIMY : pour mener une guerre mondiale il faut un ennemi parfaitement identifié


Décidément j'aurai pisté jusqu'au bout notre inaugurateur de chrysanthèmes national jusqu'au terme de son mandat de discoureur de cimetières. Hollande restera comme le président qui aura prononcé le plus d'éloges funèbres sur le massacre de civils et de soldats sur le territoire français, depuis la guerre d'Algérie sous le règne du Grand Charles qui obtint son étoile de général de brigade lors de la bataille inutile d'Abbeville en juin 1940 (1000 morts, c'est le tarif pour passer du grade de colonel à général) .

L'homme d'Etat non rééligible aura prolongé et animé toutes les mystifications commémoratrices de la dite « Grande guerre », comme si la suivante avait été plus petite. A l'époque de l'inauguration du Monument des Fraternisations j'avais été faire un tour à Neuville Saint Vast, toujours ému de fouler ces terres qui ont contenues tant de cadavres de sacrifiés pour le capital national ; lequel monument avait été fêté par Hollande le bref et plastique Bertrand du fief des Hauts de France à la mi-décembre de l'an passé. Cette inauguration était issue du monde bobo culturel qui élit tous les dispendieux (à l'égard du monde syndiqué des bouffons saltimbanques) présidents de la gauche bourgeoise. C'est le réalisateur du film « Joyeux Noël », narrant un épisode de fraternisation qui en avait suggéré l'idée au ministère de la Guerre, pardon de la Défense. La récupération des moments de fraternisation comme des fusillés pour l'exemple est la principale contribution des ministères de la gauche bourgeoise et des anciens trotskistes comme Jospin pour arrimer même les morts fusillés par les généraux enrichis à la perpétuelle reconstitution d'un seul cimetière national ; et surtout pas rappeler le danger subversif et anti-patriotique des luttes de prolétaires en temps de guerre1.

Nous nous sommes retrouvés un peu par les hasards des suggestions du calendrier régional pour les sorties weekend Pas-de-Calais sur la place d'Arras pour, nuitamment, la projection d'une magnifique
fresque commémorative illustrant le souvenir du sacrifice canadien (mais pas encore Canada autonome à l'époque) à la Big war. L'hôtel de ville et les façades de la place carrée flamande servaient d'écran et la musique vibrait sous nos pieds, presque du Jean-Michel Jarre en modèle réduit. La représentation fût jouée le lendemain pour Hollande, Trudeau et les princes pour tapisserie. Cette fois-ci j'avais précédé Hollande. Indépendamment de la propagande nationaliste canadienne et des choeurs de Marseillaise je ne pouvais ôter de mon esprit les vastes espaces du champ de bataille de Neuville Saint Vast à Vimy que j'avais arpentés l'an passé, lieux mornes et désolants où plane encore la mort massive. La crête de Vimy permettait à l'armée allemande de tenir une région aussi déterminante en matières premières que le pétrole de nos jours, ce nord minier qui avait connu tant de drames et de luttes sociales et où des prolétaires de lointains pays vinrent se faire massacrer en masse sous la férule de généraux débiles et assassins galonnés.

LE MYTHE DE VIMY

Il y a des mythes fondateurs. On dit souvent qu'une guerre mondiale sert à repartager le monde entre chenapans des grandes puissances. On oublie que la guerre sert aussi à inventer de nouvelles nations, à opérer à des découpages qui se payent cent plus tard par de nouvelles horreurs (l'invention ou plutôt le découpage en Syrie et Irak est un produit des accords Sykes-Picot de l'époque). Le Canada, cette vieille colonie, n'étant pas un réel pays autonome à l'époque, la bourgeoisie canadienne en s'investissant dans la guerre a vu tout l'intérêt de servir à la fondation du roman national par cette prétendue victoire décisive pour le « camp de la liberté », au prix des 3600 massacrés de Vimy (sans compter le chiffre total bien supérieur)2. Célébrée comme une victoire marquante, fondatrice de la nation canadienne moderne donc, la bataille sanglante sur la crête de la région des mines ne fût pas une victoire.Cette prétendue victoire célébrée par le fringant Trudeau et le commercial des chrysanthèmes Hollande contribue à cacher bien des choses sur le déroulement de la guerre. Retour en arrière sur ce qui fut nommé « la bataille d'Arras »3.

Avril 1917, à Verdun, dans la Somme ou en Flandre, la Première Guerre mondiale a déjà fait des centaines de milliers de victimes, l'armée britannique avait essuyé de considérables pertes et l'armée française était coincée à Verdun. En Artois, sur le front occidental, les armées alliés imaginent une percée des lignes allemandes en direction de Douai et Cambrai pour désenclaver Arras et libérer le Bassin minier. Il s’agit surtout d’une manœuvre de diversion pour affaiblir un flanc de l'armée allemande du côté du Chemin des Dames en Champagne où un autre massacre d’envergure est préparé. La zone d’assaut va s’étendre de Vimy à Neuville Saint Vast. Le bilan de la Bataille d’Arras qui prétendait en finir avec l'impasse d'une guerre immobilisée? 200 000 morts. Pour de minimes gains territoriaux…et un triomphe qui était prévu en 48 heures ! La bataille dura jusqu'au 16 mais sans aucune percée des alliés !4
Il y eu pourtant une « victoire », basée sur une détermination qui n'était point l'avancée militaire en priorité, mais une victoire « sur l'opinion ». La trouille des généraux alliés provenait de deux faits gênants : le nouveau gouvernement en Russie, talonné par le début de l'ébranlement révolutionnaire du prolétariat russe et des paysans, refusait désormais de se joindre aux offensives des Alliés occidentaux, et l'armée allemande se consolidait sur la ligne Hindenburg laissant tout un espace territorial vide dans la région d'Arras où l'offensive française ne rencontrait aucune armée ennemie ; situation ridicule qui risquait de cette manière de confirmer... l'inutilité de la guerre. Et là je peux citer sans me gêner wikipédia : «Le gouvernement français de l'époque avait désespérément besoin d'une victoire pour éviter de graves troubles civils dans le pays » ; en effet la bataille « face à l'opinion » ne cesse jamais pendant les guerres, et ladite opinion (disons le prolétariat en réalité) a besoin de sang victorieux à la une ! C'est le boucher Nivelle qui réussit à convaincre anglais et canadiens d'aller au casse-pipe de la crête de 145 mètres à Vimy, sous prétexte de diversion.
Version révisionniste moderne du sémillant Premier ministre canadien :

« Près de 3.600 soldats sont tombés ici"5 lors de ces trois jours de combat démarrés voici tout juste cent ans, marquant le début de la bataille britannique d'Arras (9 avril-16 mai 1917), et "c'est par leur sacrifice que le Canada est devenu un signataire indépendant du traité de Versailles", a rappelé Trudeau. Pour la première fois, les quatre bataillons canadiens (environ 80.000 soldats) jusque-là incorporés dans l'armée britannique, conduisirent en effet l'assaut de la crête de Vimy, qui contrôlait le bassin minier, sous leurs propres couleurs, gagnant ainsi leurs galons sur la scène internationale. "Ces hommes n'étaient pas insensibles à la peur, ils souffraient de l'éloignement, de la fatigue, du
froid (...) mais ils se sont battus jusqu'à la victoire dans cet endroit qui avait été transformé en forteresse", a poursuivi le Premier ministre canadien, terminant son discours d'un solennel "ne les oublions jamais".
Version nunuche et miteuse d'un chef de guerre démocratique en partance :
« Après avoir dit "toute sa reconnaissance" aux soldats canadiens, Hollande a pour sa part centré son discours sur la coopération actuelle entre Paris et Ottawa "pour faire avancer la cause de l'humanité". "C'est ce que nous faisons quand nos pays s'engagent pour répondre aux appels des réfugiés du Moyen-Orient qui recherchent une terre d'asile; (...) quand nous condamnons les massacres chimiques réalisés aujourd'hui par un régime criminel; (...) quand nous luttons contre le terrorisme; quand nos peuples blessés refusent de basculer dans la haine et le rejet; (...) quand nous oeuvrons chaque jour pour faire reculer les discriminations et pour que nos pays continuent d'être des terres de tolérance et de progrès", a-t-il affirmé. "Le nationalisme ne mène qu'à la guerre et le fondamentalisme à la destruction", a-t-il asséné ». Pas le capitalisme ?

Notre inaugurateur perpétuel de chrysanthèmes ne va pas plus nous rappeler la vérité que journalistes ou historiens de gouvernement. Début 1917 la révolte et les mutineries grondent partout contre une guerre qui s'éternise. Même de fausses victoires comme le massacre de Vimy ne suffisent pas, en tout cas ailleurs, en Russie et en Allemagne par exemple, à calmer le prolétariat, l'ambiance est assez bien décrite encore par l'anonyme de wikipédia, je n'ai même pas à me fatiguer pour élaborer une description de mon cru :
« Le milieu des années de guerre a été une période capitale. Les gouvernements français et britanniques étaient sous la forte pression de la presse, des citoyens et des Parlements qui voulaient mettre fin à la guerre. Les batailles des Dardanelles, de la Somme et de Verdun avaient fait de nombreuses victimes et il y avait toujours peu de chances de victoire en vue. Le premier ministre britannique, Herbert Asquith, démissionna au début de décembre 1916 et fut remplacé par le "magicien gallois", David Lloyd George. En France, le président du Conseil Aristide Briand, avec comme Ministre de la Guerre le général (puis maréchal) Hubert Lyautey, était politiquement diminué et, peu après, en mars 1917, démissionna. Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Atlantique, les États-Unis étaient sur le point de déclarer la guerre à l'Allemagne. L'opinion publique américaine était de plus en plus irritée par les attaques intensives des sous-marins allemands sur des navires civils, à commencer par le naufrage du Lusitania6 en 1915 et cette irritation arriva à son comble avec le torpillage de sept navires de commerce américain au début de 19177. Le Congrès américain déclara finalement la guerre à l'Empire allemand, le 6 avril 1917, mais il fallut plus d'un an avant qu'une armée appropriée ne soit mobilisée, formée et acheminée vers la France. »


DUR DUR DE MENER A LA GUERRE MONDIALE


Pour conduire plus sûrement les prolétariats de tous les pays à une guerre mondiale il faut un ennemi clairement identifié. Si les commémorations ont pour fonction de célébrer ad eternam les sacrifiés du Capital avec les mensonges du passé réactualisé – trotskistes comme bourgeois démocrates n'aiment jamais tant citer la phrase louche d'Anatole France – la notion d'union nationale pour le sacrifice « patriotique » demeure et les marchands de canon se marrent toujours autant.
Dans son livre « L'aveuglement », l'historien iconoclaste Marc Ferro, dédie un intéressant chapitre aux auto-mystifications des différents camps en guerre et des vérités non simplistes (ce n'est pas simplement la révolution russe qui a mis fin provisoirement à la guerre mais aussi le défaitisme des généraux allemands qui savaient qu'ils seraient battus à brève échéance de toute façon et qui ont préféré inventer la théorie du bouc-émissaire qui a si bien fécondée le nazisme revanchard). La guerre
mondiale repose sur une mystification différente à chaque fois nous dit Ferro, en 1914 l'objectif de la guerre reste confus, même s'il est question de défendre la patrie, en 1939 l'ennemi universel, sans discussion, c'est le fascisme, mais pour la prochaine, leçons cumulées de la Première et de la Deuxième, il reste quoi ? Un arrière dangereux tant qu'on ne lobotomise pas sa mémoire par des inaugurations et commémorations débiles ni par une imagerie laser au fronton d'un joli bâtiment public.
« Dans les films sur 14-18, les soldats combattent loyalement tandis que les objectifs de la guerre restent confus. A l'inverse, dans les films sur la Seconde Guerre mondiale, les ennemis sont parfaitement identifiés : les pays comme les idées. Il faut vaincre le nazisme et le militarisme japonais. Les combattants et l'arrière du front, eux, sont peu évoqués » (page 38).
Mais, cher Marc Ferro, parce que en 1917 la révolution avançait, menaçant la guerre mondiale, depuis l'arrière, mais qu'en 1940 elle était derrière, elle avait été annihilée par la soldatesque revancharde de 1918 aux ordres des « socialistes de gouvernement », et de combattants révolutionnaires nombreux et d'immenses foules d'insurgés prolétaires il n'y avait plus.
Nous avons quitté la belle place d'Arras, émerveillés par le spectacle son et lumière mais dubitatifs pour une scénographie de gouvernement canadien. Et sans avoir repris en choeur la Marseillaise avec une petite partie de la foule. Sachant que les discours officiels de paix passée commémorée servent encore à justifier les guerres de rapine d'aujourd'hui.


ANNEXE ACCESSOIRE :

LA VERSION GAUCHISTE CANADIENNE DE RESUCEE PACIFISTE PATRIOTIQUE...

Centenaire de la Grande Guerre : un air de déjà vu

Par Jacques KMIECIAK7

En France, de multiples manifestations marquent le centenaire de la Bataille d’Arras (avril – mai 1917) dont Vimy est un épisode (1). Des célébrations en forme d’hommage à « ceux qui ont combattu sur nos terres pour la Liberté », ose Frédéric Leturque, le maire UDI (centre-droit) d’Arras. Comme si la IIIe République fondée sur le massacre de la Commune de Paris pouvait alors se poser en parangon de vertu à l’heure des tueries de masse dans ses colonies d’Algérie ou du Tonkin ou encore de la répression tous azimuts à l’endroit du mouvement ouvrier de l’Hexagone (Fourmies, Courrières) ?

Et aujourd’hui encore la social-démocratie et la Droite, associées comme au bon vieux temps de l’Union sacrée, de reproduire les clichés déployés à l’époque. Les soldats alliés sont ainsi qualifiés de « héros » par le conseil départemental du Pas-de-Calais (à majorité PS) qui salue leur « sacrifice ». Comme si celui-ci avait été volontaire et non imposé par les élites de Grande-Bretagne, de France ou d’Allemagne responsables de la déflagration mondiale d’août 1914… Des responsabilités savamment éludées depuis 2014 et le début des commémorations liées au centenaire de la Grande Guerre. Pourtant à l’époque, ces puissances impérialistes en quête de nouveaux marchés rêvaient chacune d’imposer, à leur profit, un nouveau partage du monde et de ses matières premières. L’Allemagne en plein essor industriel réclame sa « juste » part d’un gâteau en partie négocié dans le cadre du Traité de Berlin (1885) (2). Pour la bourgeoisie et l’aristocratie, « les guerres, comme les épidémies, sont aussi une façon de réduire le nombre des pauvres. A l’époque, les masses font peur. La guerre, c’est l’antidote contre la Révolution », commente l’historien belge Jacques Pauwels (3). Continuer de soutenir que cette guerre aux allures d’hécatombe avec ses dix millions de morts, a été menée pour la défense de la Démocratie, de la Liberté, du Droit ou de la Civilisation, relève donc du mensonge d’Etat. Certes, les envolées bellicistes et militaristes propres à un Churchill (qui considérait la guerre comme une « affaire glorieuse et délicieuse », une « activité normale comme le jardinage », selon Jacques Pauwels) ne sont plus de mise. Nos élites revendiquent désormais le « plus jamais ça ». Tout en encourageant les interventions néo-colonialistes de l’Etat français en Libye, en Syrie, au Mali ou en Centrafrique. « On croit mourir pour la patrie, on meurt pour des industriels », scandait Anatole France. Hier comme aujourd’hui…


ma réponse (JLR) [Les prolétaires modernes se fichent de mourir pour la patrie ou pour les industriels, mais les industriels avec leurs cire-pompes parlementaires peuvent compter encore sur le « tous ensemble » patriotique, « je suis Charlie » et autres « vivre ensemble » européens, communautaristes et islamophiles, pour faire couler le sang des exploités de toute race et de tout pays]

 Notes du texte canadien:
(1) Le programme sur le site du conseil départemental du Pas-de-Calais : http://www.pasdecalais.fr
(2) Voir « On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour des industriels. » Film produit et réalisé par Investig’Actions avec Michel Collon, Jacques Pauwels et Anne Morelli (? que fait Anne Morelli, spécialiste de la Gauche italienne, dans cette galère à gauchistes canadiens bien pensants? JLR). Le lien : http://www.investigaction.net/14-18-on-croit-mourir-pour-la/
(3) Lire « 1914 – 1918, La grande guerre des classes », de Jacques R. Pauwels. Editions Aden.


NOTES  GENERALES

1La polémique sur la colonisation définie par le balayeur du vote arabe Macron comme « crime contre l'humanité », ce qui ne veut strictement rien dire du point de vue de l'histoire du capitalisme (lequel pouvant être considéré lui-même comme crime contre l'humanité si l'on adopte le raisonnement stupide et orwellien des milieux gauchistes bourgeois, qui dissout tout raisonnement politique et historique en appliquant les théories mêlées du pacifisme et de l'anti-racisme à toutes les époques ; ce qui peut donner : est-ce que l'homme de Néandertal était raciste par rapport à l'homme de Cro-magnon ? Piste de recherche très dissolvante...

Le Canada n'est plus qu'une colonie de l'idéologie américaine et sa bourgeoisie affamée d'immigration économique, quant à ses supplétifs gauchistes communautaristes,  prêts même à recevoir nos indigestes de la république, la frange québécoise et leurs potes chauvins considèrent toujours la romance de Vimy comme une offense au Québec (cf. La Bataille de Vimy « fondatrice de la nation canadienne » ? un mythe offensant pour les QuébécoisJacques Kmieciak ) . Faisant partie de l'Empire britannique, le Canada est intégré à la Seconde Guerre des Boers en Afrique du Sud par le premier premier ministre canadien-français Wilfrid Laurier, à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle. Dirigés par le politicien Henri Bourassa, des groupes de Canadiens français opposés à la tutelle anglo-canadienne se vouent à la défense de leurs droits en tant que peuple. Ils s'opposeront notamment à l'entrée en guerre du Canada et à la création de forces navales canadiennes sous drapeau britannique. Le Canada se lance de plus dans la Première Guerre mondiale en 1914 et envoie sur le front ouest (en Belgique, sur la Somme et en Picardie), des divisions composées principalement de volontaires afin de se battre en tant que contingent national. Les pertes humaines sont si grandes que le premier ministre canadien de l'époque, Robert Laird Borden, décrète la conscription en 1917 (voir Crise de la conscription (1917)). Cette décision est extrêmement impopulaire au sein de la population québécoise, menant ainsi à une perte de popularité au Québec pour le Parti conservateur et également à la fameuse grève de Québec, souvent passée sous silence car faisant écho à la révolte du Chemin des dames en France. Lors de la grande émeute de Québec, l'armée britannique tire sur la foule et tue de nombreuses personnes. Bien que les membres du Parti libéral soient profondément divisés sur l'enrôlement obligatoire, ils s'unifient et deviennent le parti dominant sur la scène politique canadienne. En 1919, le Canada rejoint la Société des Nations de son propre chef et, en 1931, le Statut de Westminster confirme que dorénavant aucune loi du Parlement britannique ne s'étend à l'intérieur des frontières du Canada sans son consentement.

3 L'Etat français a fait don de la crête de Vimy au Canada avec l'érection d'un gigantesque monument érigé à Vimy, qui a servi de prétexte au roman national canadien sous couvert de mémoire au sacrifice « canadien » pour la victoire mensongère des alliés impérialistes occidentaux lors de la Première Guerre mondiale. Dès son inauguration en juillet 1936 avec la complicité du roi anglais Edouard VIII l'emplacement du cimetière de guerre est sanctifié comme lieu de pèlerinage. Aujourd’hui, toutes les cérémonies commémoratives se tiennent donc à Vimy. Les autres batailles livrées par les Canadiens (à Ypres en 1915, dans la Somme en 1916, du côté de Lens en août 1917 où pour la première fois ils exercent le commandement, à Passchendaele la même année, à Amiens en 1918) sont presque totalement oubliées. Au Canada, les commémorations du centenaire ont officiellement commencé en 2017 seulement, pour durer une semaine.

4 Bien que les historiens considèrent généralement que la bataille est une victoire pour les Britanniques (pas les canadiens!?) , elle eut très peu d'impact sur la situation stratégique ou tactique. Ludendorff commenta la bataille ainsi : « Il y avait sans aucun doute des objectifs stratégiques extrêmement importants derrière l'attaque britannique, mais je n'ai jamais pu savoir lesquels c'était ».

5Trudeau fabule et semble bien hors de la réalité des chiffres totaux : Quant au total du nombre de morts canadiens sur la durée du conflit, il reste encore approximatif. On l’estime à environ 65 000 dont 40 000 tombés en France et 13 000 en Belgique. Les pertes de la IIIe armée furent de 87 226 hommes ; celles de la Ire armée de 46 826 hommes (y compris les 11 004 Canadiens de la bataille de la crête de Vimy) et celles de la Ve armée de 24 608 hommes ; soit un total de 158 660 personnes. Les pertes allemandes en revanche sont plus difficiles à déterminer. Les "groupes Vimy" et "Souchez" eurent 79 418 victimes mais les chiffres du "groupe Arras" sont incomplets. En outre, les archives allemandes excluaient les "personnes légèrement blessées". Le capitaine Cyril Falls (l'historien britannique officiel de la bataille) estime qu'il faut ajouter 30 % aux résultats allemands pour permettre la comparaison avec les Britanniques. Falls estime que les pertes allemandes étaient « probablement à peu près égales » à celles des Britanniques46. Nicholls les estime à 120 000 hommes et John Keegan à 130 000. Au terme de l'offensive, les pertes britanniques s'élèvent à 150 000 hommes tués, blessés ou faits prisonniers. Les pertes allemandes atteignent 100 000 hommes. Aucune percée stratégique ne fut accomplie.

6Coup monté de l'impérialisme US dont j'ai déjà rendu compte dans ces colonnes, le bateau à touristes était en réalité empli de munitions et c'est ce que savaient les soldats tueurs des sous-marins allemands.

7Du site gauchiste canadien investig' Actions qui défend le port du voile et du burkini, comme quoi l'actualisation marxo-gauchiste d'un marxisme libéralo-islamo-moderniste n'a plus rien à voir avec la politique ou même la lutte de classe contre la guerre – la phrase d'Anatole France a été complètement ridiculisée par l'antifascisme subséquent. Ce pourquoi il faut d'abord lutter pour l'unification de la classe à chaque époque, et contre, en particulier en ce moment, les colifichets nationalistes musulmans et ce nouveau colonialisme intégristo-ravagé, qui contient le djihad sacrificiel pour le dieu imaginaire comme la nuée contient l'orage... djihad qui est confusément et aléatoirement identifié au nouvel axe du mal pour l'impérialisme multiple et ambigu. Mais c'est pas gagné.