"La suppression de la propriété privée... suppose, enfin, un processus universel d’appropriation qui repose nécessairement sur l’union universelle du prolétariat : elle suppose « une union obligatoirement universelle à son tour, de par le caractère du prolétariat lui-même » et une « révolution qui (...) développera le caractère universel du prolétariat ».

Marx (L'idéologie allemande)

mercredi 19 avril 2017

LA GRANDE PEUR DE LA BIEN-PENSANCE ELECTORALISTE



« On ne fait pas marcher un peuple par surprise plus vite qu'il ne veut. Malheur à qui tente de lui forcer l a main ! »

Victor Hugo (Les Misérables, cinquième partie, Jean Valjean, livre premier, p79)



Oh ce n'est ni le risque d'un attentat terroriste réussi, ni l'abstention, ni une immixtion des services secrets russes que craint le système de trucage électoral officiel, ni d'une perte d'identité des intérêts de classe dominante. Dans un pays où revendiquer une identité française comme une identité de classe signifie que vous êtes un ridicule ringard, le mot identité est ouvertement conchié par journalistes et philosophes assermentés à l'idéologie négationniste de l'impérialisme américain – qui lui seul a le droit de revendiquer une identité américaine pour ses citoyens mélangés – les dits philosophes de FR3 ont assuré avec leur morgue professorale que le mot identité ne veut plus rien dire, les Boltanski (« c'est policier... montrez moi votre carte d'identité...manger des pâtes ou du couscous on s'en fout »), et les Chamoiseau (« les ex-colonisés ont enfin trouvé une identité quand les 'autres' qui cherchent la leur »(hi hi) ; ils n'ont pas eu de mots assez méprisants pour se moquer des vieilleries « islamophobes » et « fascistes » qui continuent à résister au melting-pot voulu par l'hyper impérialisme du fier guerrier à la moumoute. Il est vrai que la France est la honte de l'Europe car elle est la seule à afficher une laïcité aussi ostentatoire au point qu'on se félicite dans les cabinets diplomatiques qu'un candidat mineur et téméraire comme un Poutou revendique le retour du voile dans les lycées. Il est vrai que l'immigration ne sert plus seulement à faire baisser les salaires mais est un gage de suppression de la classe ouvrière, et que les Etats-Unis ont montré l'exemple en procédant à un empilement des vagues successives d'immigration , chacun « restant chez soi » avec « ses coutumes et croyances » au lieu d'évoluer vers une unité sociale humaine et débarrassée des préjugés religieux et capitalistes1. Le système électoral bourgeois reste cependant, bien plus que la communautarisation de la société, le principal moyen de dévoiement du prolétariat, même s'il en est absent formellement comme tel.



Le Figaro identitaire et zemmouriste s'est fendu d'un reportage à la nécropole de Saint Denis, déplorant le peu de visite des tombeaux des rois de France ; il y a pourtant une explication simple, quoique superficielle, l'église est entourée de HLM avec paraboles orientées vers le Sud et la ville ressemble de plus en plus à Alger que j'ai visité il y a trente ans : la rue principale est bordée par les mêmes boutiques de bazars pour ghetto arabe, quoique tenues par des chinois. Je m'y suis promené récemment et je dois dire pourtant y avoir trouvé une atmosphère conviviale et heureuse à la terrasse des cafés et des voilées souriantes ; un ticket de métro coûte quand même moins cher qu'une traversée en bateau vers Alger la blanche. Les tombeaux des rois de France, ces salopards de colonisateurs, avec à leurs pieds de ridicules bouillottes animales ne contiennent plus aucune identité, pardon dépouille, car nos conventionnels jacobins éradicateurs de vanités féodales ont jugé utile de jeter les vieux os à la décharge et de récupérer le plomb des catafalques pour en faire des balles pour défendre la nation cet entité non féodale, quoique brièvement identité capitaliste.



Foin de toute paranoïa identitaire ou d'affres exagérées pour la baisse tendancielle de ses profits, le système de foutage de gueule dominant craint que « le fascisme » ne soit pas au deuxième tour ! Oui vous avez bien lu, la bourgeoisie française – cet amalgame diffus de menteurs professionnels quotidiennistes et de phraseurs politiques odieuvisuels – serait catastrophée si Marine ne figurait pas au second tour. Toi lecteur intelligent tu as compris. Pour les autres, je dirai ceci : vous imaginez un concours Fillon-Macron ? L'abstention passerait de 30 à 50% ! A part les vieux machins planqués des quartiers riches et les artisans et péquenots réacs qui irait voter pour Fillon-voleur (mais pas plus que tous les parlementaires) et Macron-menteur (mais comme tous les jeunes financiers) ? Le suspense électoral serait réduit à zéro. Pas bon pour la démocratie des riches !



Comment faire participer les pauvres à un combat de riches si celle qui est sensée représenter les pauvres (certes plus malheureux que cons) est éliminée du cirque à nigauds ?

Dramatique mon cher Watson surtout dans la dernière ligne droite.



Tout a été millimétré pour successivement faire monter et descendre la mère Le Pen dans les variations saisonnières de la sondagerie, en veillant comme le lait sur le feu à ce que la méchante blondasse reste en tête du panel. Dans tous les cas de figure on rassurait les joueurs à la loterie nationale, en aucun cas elle n'aurait le ticket gagnant pour le second round en mai. Jusque là on avait alterné le chaud et le froid, un coup on l'invitait royalement sur un plateau en la traitant respectueusement comme « tout autre candidat » mais le lendemain les quotidiennistes de gouvernement se déchaînaient contre la perspective du « chaos » représenté par le programme de la dame au toc de la mèche de cheveu. Raccourcie un temps car sujette à la même radinerie (parlementaire) que Pénélope, la tête bleu marine semblait se maintenir à flot en haut du panier électoral présumé, mais voilà qu'elle menaçait d'un retour de la déportation des enfants juifs... alors là nos médias y avaient été un peu fort, ils se firent taper sur les doigts – Marine risquant de passer derrière le chaviste Mélenchon, ce qui effraya plus encore les banquiers, voire de rétrograder à la place peu enviable du Fillon-voleur, la place de quatrième, la place du mort aux jeux olympiques internationalistes.

Les choses sont claires pour la gauche bourgeoise, elle sait qu'elle ne peut pas escompter revenir au pouvoir après une aussi violente attaque contre la classe ouvrière avec l'inventeur du 49.3 l'ubériste Macron. La clintonisation de la campagne de Macron, avec strass et paillettes et palettes de vedettes l'aura autant desservi que cette pauvre Hillary, il a fini par vraiment représenter l'élite la plus arrogante qui donnerait envie de faire gagner la mère Le Pen. Une fraction de la bourgeoisie pro-américaine, avec le soutien du Hollande en partance, aurait bien voulu le faire gagner en le faisant passer pour un rénovateur de la vie politique bipolaire, j'allais dire pipolaire, mais le cheval est un peu trop morveux et creux comme une valise de bobo cadre. Les pitreries du bateleur national-populiste Mélenchon avec ses hologrammes et ses forêts de drapeaux tricolores ont été facilement réduites à néant par un mot de Hollande, « simpliste » ; il eût pu être plus méchant, Mélenchon est simplet dans ses arguties, il ne pourrait même pas être un Tsipras comme l'imaginait Arthaud le perroquet d'Arlette. Hamon avec son programme de garantie néo-stalinienne – et comme héritier bâtard mais héritier putatif (et putain) tout de même du parti bourgeois en charge de l'austérité durant cinq ans – se sera retrouvé très vite, bafouant les prétentions arrivistes pressées des aigris « frondeurs », au juste niveau des divers petits Poucets sans aucun intérêt que d'ajouter leur stand de petits épiciers sans avenir à la foire à l'encan.

L'alternance au pouvoir est aussi nécessaire au pouvoir « démocratique » bourgeois que l'eau au pastaga. Surtout que l'électeur est un genre sans mémoire. La crise économique qui se concrétise de plus en plus sur le terrain de la guerre impérialiste n'a pas besoin dans l'Etat d'une alternance mi-chèvre mi-chou, un centre à la Giscard possible dans les années fastes (ou alors ce sera une crise ouverte et un affaiblissement de la bourgeoisie française). Trump et le Brexit ont manifesté le besoin d'un repli national, qui n'est pas une régression des intérêts bourgeois, mais une meilleure préparation à la guerre, et forme renouvelée de la vieille union nationale des deux boucheries impérialistes.

L'Etat bourgeois pour assurer une continuation sans fard des attaques anti-ouvrières n'a pas besoin de Charlots qui promettent l'impossible (l'emploi complet et l'interdiction des inégalités en milieu scolaire) ; encore moins d'un vague galaxie « en marche », qui n'aura été qu'un sas de sécurité pour animer le cirque à destination des angoissés des couches moyennes, et tout juste apte à recréer le bordel d'une IV e République. La pro-américaine bande à Macron, assez clintonienne, n'est pas même une carte sûre pour l'emporter dans un hypothétique deuxième tour face à Le Pen...



Le barnum électoral aura évité de parler des sujets qui fâchent vraiment : les causes de la guerre, le pourquoi des migrations massives, la nécessité du chômage de masse pour la survie du capitalisme, la nécessité de faire éclater toutes les garanties sociales. Auront dominé les petites phrases de représentants de commerce et de publicitaires superficiels, le coup monté contre Fillon, le feu follet Macron, et les gesticulations impuissantes des petits Poucet.
En résumé on aura vu les programmes des utopistes (Hamon, Mélenchon, Le Pen) réduits à néant par celui des salauds (Macron, Fillon) ; mais tout deviendrait plus compliqué si le deuxième tour opposait Fillon à Macron. Une partie de la bourgeoisie française néo-gaulliste, à tonalité religieuse et pro-russe se confrontant avec la fraction élitaire et pipole ouvertement pro-américaine, il y a de fortes chances que Fillon-voleur l'emporte, ce qui n'aurait rien d'inattendu et confirmerait bien cette « volonté d'indépendance » qui est obtenue de la masse électorale dans la compétition bourgeoise des pays européens d'une Europe en perdition. Un challenge Fillon-Le Pen permettrait de réduire l'abstention et de rejouer à minima le tortueux 2002 mais tout de même risqué... du fait de l'abstention plus importante que lors de l'élection de « bandit Chirac » ; de Charybde en Scylla la bourgeoisie pourrait vivre les affres d'une possible victoire Le Pen qui ne vaudrait pas mieux que son absence au deuxième tour de cirque. On verra bien, mais il n'y a guère de chance de voir la blondasse à l'Elysée car son parti est isolé, ne contrôle pas les médias etn le fonctionnement népotiste de ce machin fait aussi peur à ses électeurs...protestataires d'un système qu'ils croient réformable.
Ajoutons pour finir, que l'enjeu religieux a été généralement négligé par les quotidiennistes du bistrot-info télévisuel depuis des années. Sarkozy avait gagné en invoquant ceux qui « égorgent le cochon dans la baignoire », Hollande avait gagné grâce à un électorat musulman flatté. Fillon en tablant sur le vote catho sait ce qu'il fait vu la déshérence de l'électorat musulman... Malheureusement pour tous les marchands de religion, la réalité des classes reprend le dessus. Il faut alors aux curés et imams battre le rappel. N'est-il pas singulier qu'au « salon » des nouveaux « Musulmans de France » l'abstention ait été érigée comme « pire des choix » ?2 En effet car c'est le « vote musulman » qui saute aussi, car il n'y avait pas plus de vote musulman que de vote français ou juif en 2012, mais un vote de pans entiers de prolétaires en effet d'origine arabe et qui crurent à un meilleur niveau de vie, voire à moins de répression avec la gauche au pouvoir. La vérité c'est que les prolétaires de toute origine ont été victimes des attaques du gouvernement (de gauche) des patrons (français ou étrangers). Vu qu'une grande partie de la classe ouvrière est d'origine immigrée ou arabe en France et qu'elle va s'abstenir comme une majorité d'ouvriers en général, un Fillon peut courtiser en effet les vieux machins cathos avérés ou pas et la clientèle du FN apte au « vote utile » si elle se rend compte que la mère Le Pen restera toujours une potiche figurative vouée au rôle du méchant repoussoir comme le pater.
Sans l'afficher, au sein de la gouvernance bourgeoise, qui n'est pas pour l'essentiel au gouvernement mais dans le cartel des banques, des think tanks et des diverses franc-maçonneries, il peut y avoir un « changement d'opinion » ou d'orientation si un cheval n'est plus porteur. Après avoir tenté de tuer Fillon, sans y avoir réussi, une fraction (via les instruments des flics, Canard et Médiapart) n'a pas réussi à trouver une affaire vraiment louche au mari de Pénélope ; sauf cette minable supposition qu'il aurait rendu de faux costume. Et finalement tous ceux qui lui crient de « rendre l'argent » rendent service à une classe voleuse et dispendieuse, ses supporters peuvent invoquer sans honte l'idéologie américaine (il n'y a pas de honte à s'enrichir), ainsi a-t-il pu répondre benoîtement à la Croix, sans soulever l'ire des médias : « je ne suis pas François d'Assise » !
Probablement le dernier scoop avant l'échéance finale, l'attentat déjoué vient rendre service à Fillon. Etrange mon cher Watson encore une fois ! Avec un montage juridico-policier de l'info qui confine à la bêtise infinie ou à nous prendre vraiment tous pour des caves3. Trois candidats « auraient été » la cible possible des futurs assassins (avec carte d'identité posée sur le siège arrière) : Fillon, Macron et Le Pen. Angoissé et solidaire avec ses collègues, le camarade Mélenchon a immédiatement fait savoir sa compassion aux trois cités. Mais l'affaire semble plus juteuse pour Fillon – même si en réalité une fraction étrangère (que vous devinez) souhaite l'éliminer aux deux sens du terme – car on lit ceci : « Le candidat LR a été mis en scène dans une vidéo inquiétante par les terroristes présumés de l'attentat déjoué de Marseille. Des documents ont été retrouvés lors des perquisitions réalisées aux domiciles des suspects ».


Enfin dénoncer le cirque électoral immédiat si cela signifie n'y participer en aucun cas du point de vue du prolétariat, si cela signifie réaffirmer que ce système de trucage interclasses sert à duper sur une fausse consultation « des masses »4, si cela signifie rappeler que ce type d'élections ne change jamais rien à l'ordonnancement du monde capitaliste ni ne renouvelle son personnel, tout cela ne doit pas nous empêcher de nous exprimer sur leur déroulement et sur ce qu'elles révèlent des objectifs à terme des équipes (énarchiques) qui se relaient au pouvoir, même si dans ce cadre il n'y a aucun enjeu favorable à notre propre classe. Cela ne signifie pas non plus que nous promettons la « vengeance » syndicale dans la rue, comme à chaque fois nous le promettent ces pauvres trotskiens potiches de la contestation radicale réformiste, et qui veulent faire avaler, sous leur impuissance, qu'il n'y aurait plus que la grève pour protester contre le capitalisme et pas les autres expressions « politiques » du prolétariat, hors cirque électoral bourgeois bien sûr.


NOTES:


1Le CCI est un des rares groupes à commencer à réfléchir sur la question, il nous livre récemment cette réflexion au cours d'un article sur Trump (où ils semblent avoir compris ce que j'expliquais sur la division de la bourgeoisie américaine entre deux fractions pétrolières) ; bien avant que le CCI ne théorise un irrationalisme stupide (que le PCI a raison de lui reprocher) la bourgeoisie US empilait les vagues d'immigration, et, contrairement à ce que dit l'article , le cas des noirs américains est venu s'empiler lui aussi au service de la farce des « droits démocratiques ». On regrettera que l'article ne développe pas cet aspect de l'immigration très différent désormais de ce qu'elle fût au 19 e et 20 e, ni ne confronte les bonimenteurs qui disant qu'il n'y a pas plus d'immigration qu'en 1920, passe sous silence l'imposition d'un mode de vie antique et la causalité de la guerre. « « Les États-Unis sont un pays fondé par des colons et peuplé par des vagues d'immigration. L'intégration des différents groupes et intérêts ethniques et religieux dans une seule nation est la tâche en constante évolution historique du système constitutionnel et politique existant. Un défi particulier pour ce système est l'implication des leaders des différentes communautés immigrées dans le gouvernement, puisque chaque nouvel vague d'immigration commence en bas de l'échelle sociale et doit "gravir les échelons". Le prétendu melting-pot américain est en réalité un système hautement compliqué de coexistence (pas toujours) pacifique entre différents groupes : « Historiquement, à côté des institutions telles que les organisations religieuses, la formation d'organisations criminelles a été un moyen éprouvé pour les groupes exclus d'avoir accès au pouvoir. La bourgeoisie américaine a une longue expérience dans l'intégration du meilleur de la pègre dans les échelons supérieurs. C'est une saga familiale souvent répétée : le père gangster, le fils avocat ou politicien, le petit-fils ou la petite-fille philanthrope et mécène. L'avantage de ce système était que la violence sur laquelle elle reposait n'était pas ouvertement politique. Cela la rendait compatible avec le système étatique bipartite existant. Vers quel bord allaient les votes italiens, irlandais ou juifs dépendait de cet assortiment donné et de ce que Trump appellerait les "services" que les républicains et les démocrates offraient aux différents intérêts communautaires et particuliers. En Amérique, on doit constamment s'occuper de ces assortiments entre communautés, et pas seulement de ceux entre les différentes industries ou branches de l'économie par exemple. Mais ce processus d'intégration politique essentiellement non-partisan, compatible avec la stabilité des appareils partisans, commença à faiblir pour la première fois face aux revendications des Noirs américains. Ces derniers étaient originellement venus en Amérique non en tant que colons mais en tant qu'esclaves. Ils ont dû pleinement subir depuis le début le racisme capitaliste moderne. Pour qu'une élite noire puisse avoir accès à l'égalité bourgeoise devant la loi ainsi qu'au pouvoir et aux privilèges, des mouvements ouvertement politiques devaient être créés. Sans Martin Luther King, le Mouvement des droits civiques mais aussi une violence d'un nouveau genre - les émeutes dans les ghettos noirs durant les années 1960 et les Black Panthers - la présidence Obama n'aurait pas pu exister. L'élite dominante établie a réussi à relever ce défi en associant le Mouvement des droits civiques au Parti démocrate. Mais de cette manière, la distinction existante entre les différents groupes ethniques et les partis politiques était remise en question. Le vote noir allait régulièrement au Parti démocrate. Au début, les républicains furent capables de développer un contrepoids à ceci en obtenant une part plus ou moins stable du vote latino (d'abord et avant tout de la communauté des exilés cubains). Quant au vote "blanc", il continuait à aller d'un bord à l'autre en fonction des propositions faites ». http://fr.internationalism.org/revue-internationale/201703/9537/lelection-trump-et-delitement-lordre-capitaliste-mondial



2Avec toujours cette scandaleuse prétention communautariste et religieuse à parler au nom de tous les travailleurs arabes qu'ils soient croyants ou pas.

3 Les terroristes en préparation ou après acte laisseraient toujours leur carte d'identité. On tient vraiment à les faire passer pour des crétins, à défaut de comprendre leur manipulation par la CIA-daech. Ainsi, sans rire, le célèbre nécrologue Molins « explique » comment il a été fastoche d'appréhender les deux zigotos marseillais : « Mahiedine M. avait également envoyé une lettre à la police accompagnée de ses documents d'identité. Il y était écrit: «Je vous donne ma carte d'identité parce qu'à cause de vous, je n'en ai plus l'utilité. Vous saurez bientôt pourquoi», a encore précisé François Molins ». Tu parles Charles, on ne sait jamais ni pourquoi ni comment !

4On doit toujours se méfier des pronostics mais la prévision fait partie intégrante de toute réflexion politique intelligente. Au niveau du pronostic je ne nie pas m'être trompé avec le CCI en 1981, et on a subi les pires foudres de tous ceux qui n'avaient rien compris au fond de l'analyse. En 1979, « le vieux », Marc Chirik - qui s'était planté sur le pronostic avec nous - répondait aux analyses schématiques des camarades espagnols que la réalité n'est jamais un scénario écrit d'avance et qu'il faut se méfier de tomber dans l'immédiatisme :  « ...Bien plus important et plus juste aurait été d'expliquer pourquoi la bourgeoisie a eu amplement recours, durant ces dernières années, aux élections, moyen de dévoiement particulièrement efficace contre la classe ouvrière et tout particulièrement utilisé avec succès, dans ce but, par les partis de gauche. Les élections ne sont pas une alternative aux crises politiques de la bourgeoisie, elles sont plutôt son expression. Certes les élections servent de champ d'affrontement entre différentes fractions de la bourgeoisie mais elles servent avant tout, dans la période actuelle, de moyen de mystification et de démobilisation de la classe ouvrière. C'est la raison pour laquelle la bourgeoisie ne cherche pas à les éviter mais au contraire à les utiliser au maximum, à garder cette arme en réserve, tout au plus pour de meilleures circonstances. Même des régimes comme ceux d'Hitler et de Staline en ont fait largement usage (…) Certes, les ambitions personnelles et les intrigues de cliques ne manquent pas dans les partis socialistes, où comme dans tous les partis bourgeois règnent en maîtres les mœurs « Ote-toi de là que je m'y mette ». C'est là une constance mais cela n'explique en rien pourquoi ces mœurs ont pris aujourd'hui une ampleur particulière, pourquoi elles prennent aujourd'hui et pas deux ans avant la forme d'une « radicalisation » verbale et pourquoi c'est précisément les fractions « radicales » qui l'emportent ». (La gauche dans l'opposition ou la droite au pouvoir, octobre 1979).

dimanche 16 avril 2017

AUX ORIGINES DE LA FABLE D'UN REVENU « GARANTI » : le régime capitaliste d'Etat en URSS


On a oublié que la matrice des valeurs de gauche est l'Etat-papa, l'Etat providence, l'Etat social que promettait la social-démocratie avachie de la fin du XIXe siècle, c'est à dire l'Etat bourgeois non détruit mais avec des « garanties » pour les exploités : une sécurité sociale (merci Bismarck), des congés payés (merci Léon Blum), un pouvoir d'achat (merci Marchais), les 35 heures (merci Jospin), au-delà il n'y a plus rien. Plus rien de crédible par toute la gamme des politiciens corrompus ou qui ne demandent qu'à l'être, plus rien à attendre du suspense électoral renouvelé mais de plus en plus lassant.
Cette idée de garantir une vie décente fût celle de la gauche bourgeoise tout au long du XX e siècle, mais elle n'a cessé de virer au cauchemar devant pourtant la vitrine de l'abondance consumériste, laissant crever dans la misère sociale, psychologique et létale une minorité grossissante frappant plus ceux qui viennent de l'étranger dans des ornières nationales incapables de solutionner les problèmes pourtant communs au monde entier. Pas question d'entrer ici dans les débats tordus entre feignasses et technocrates sur le travail en général, ses bienfaits et ses tares. Il suffira de rappeler que la matrice des réformes pour digérer la question du travail politiquement a bien été le cas « exemplaire » de la caserne russe pendant 50 ans, aussi éloignée du communisme réel que le capitalisme ubérisé d'aujourd'hui. Ne nous a-t-on pas si longtemps seriné que le « socialisme réellement existant » garantissait emploi + logement + gaz gratuit ?1. Tout était garanti en URSS, santé, logement, salaire, le chômage était inexistant (même dans les goulags), des politiciens gaullistes, molletistes en convenaient auprès de leurs confrères les députés staliniens incultes et leurs courroies de transmission de l'appareil CGT.

La bureaucratie stalinienne imposa cette vision « garantie » à l’ensemble du monde politique, et ce pour des dizaines d’années. Face aux militants anti-syndicalistes révolutionnaires et maximalistes rétifs au travail à la chaîne, au salaire au rendement, l'activiste de base stalinien clamait : « Dire que l’on est contre le travail à la chaîne me fait penser à quelqu’un qui dirait qu’il est contre la pluie. […] Nous sommes pour les principes de l’organisation scientifique du travail, y compris le travail à la chaîne et les normes de production » (Congrès CGTU de la métallurgie, 1937). Il n’est peut-être pas inutile non plus de rappeler que le PCF envoya, à la Libération, ses ingénieurs se former aux États-Unis.

Les trotskiens étaient les premiers à vanter ce succès « garanti » de l'économie « collectiviste » et prêts à mourir dans une nouvelle guerre mondiale pour la patrie du « socialisme garanti ». Malgré l'effondrement lamentable du « socialisme garanti », aucun des nombreux camps trotskiens n'a été fichu de porter la moindre critique de base au capitalisme d'Etat stalinien, et bien sûr parce qu'au fond de leur utopisme radical réside le même rêve infantile d'un Etat-papa, léniniste garanti pure souche. Marx s'est moqué, parfois contradictoirement, du droit au travail mais n'a jamais parlé de droit du travail, tout comme il n'a jamais jeté la moindre illusion sur des « garanties ».

Le droit au travail n'est que le droit d'être exploité dans le système capitaliste comme dans les divers régimes capitalistes d'Etat du Moscou de naguère jusqu'à Cuba. Le travail aliéné n'est pas pour toujours destiné à l'être2 Les trotskiens, ces bâtards de l'époque stalinienne, dont les Mélenchon, Poutou et Hamon ne sont que les rejetons ont proudhonisé la critique marxiste de la fable du droit au travail, customisé donc en « droit du travail », plus agrémenté de la fable électorale hamonesque d'idéologie syndicale de « garanti de revenu », palinodie ronflante entre « sécurité sociale » et « pouvoir d'achat ». André Gorz ne fabulait pas sur une disparition automatique du travail, mais avant de pronostiquer une disparition du prolétariat, il ramenait le « droit au travail » (pas le droit DU travail syndicalo-trotskien) à une dignité citoyenne, ce qui n'est ni faux ni éternel3

Les derniers vieux staliniens russes et français indécrottables vous balancent encore et toujours les mêmes certitudes qui faisaient écran au faux socialisme russe : la sécurité sociale, un État fort et la justice. « Un salaire peu élevé, mais garanti, un emploi garanti également », arguant qu’à notre époque de concurrence effrénée, les gens n’en bénéficient plus et de se tourner vers un passé où ils croient se rappeler avoir bénéficié de tout ça.

Une russe de passage contredit cette vision lénifiante ; « « Rien n’est parfait aujourd’hui, constate-t-elle. Mais ceux qui affirment qu’en URSS la vie était rose oublient comment elle était en réalité. Des queues interminables dans les magasins et chez le médecin, ainsi que des réunions du parti où chacun évoquait ce en quoi il ne croyait plus depuis longtemps. Et avec ça, le pays était fermé au monde ». Je me souviens – il y a 40 ans – de l'objection d'un collègue passé du lambertisme au statut de candidat municipal pour le PCF, lorsque je lui disais la même chose que cette femme : « tu crois tout ce que disent les journaux bourgeois » !

LES MENSONGES GARANTIS EN 1967 :

Dans la REVUE INTERNATIONALE DE DROIT COMPARE, un certain Saivanov définissait la liberté du travail en « régime socialiste » :

« L'un des principes fondamentaux est l'authentique liberté du contrat de travail. Ce principe implique le consentement au travail, la liberté pour l'ouvrier ou l'employé de changer de travail ou de cesser le travail à sa demande, la licéité — avec l'accord du travailleur — du changement d'affectation de ce dernier. Néanmoins, chaque citoyen valide est tenu de travailler. Dans la société socialiste, l'universalité du travail constitue une loi objective, déterminée par l'hégémonie sans partage de la propriété socialiste sur les biens de production. Les exigences de cette loi objective sont exprimées dans l'article 12 de la Constitution, qui souligne que le travail en U.R.S.S. est un devoir et une question d'honneur pour chaque citoyen valide, selon le principe « celui qui ne travaille pas ne doit pas manger ».

Le salaire est une partie du revenu national que les ouvriers et les employés reçoivent de l'Etat pour satisfaire leurs besoins personnels. Le salaire est garanti par l'Etat. Il est versé indépendamment des revenus d'une entreprise déterminée, en vertu de règles antérieurement fixées, selon des indices de travail en qualité et en quantité.

Le renforcement de l'intéressement matériel des travailleurs à l'amélioration du travail des entreprises, qui résulte de l'entrée en vigueur de la réforme économique, ne modifie pas le caractère garanti du salaire. Le droit au salaire garanti par l'Etat conserve son inviolabilité ».
Tu parles Charles !

COMMENT LE CHOMAGE AVAIT-IL ETE SUPPRIME PENDANT LE SOCIALISME GARANTI ?
Dans les années 1920, le chômage est reconnu et calculé par diverses sources en URSS, avant que sa disparition ne soit décrétée à l'automne 1930 à un moment où se pose un problème de pénurie de main-d’œuvre dans un contexte d'industrialisation rapide. Néanmoins, le chômage atteint environ 10 % de la population active dans les années 1926-27. La reconnaissance du chômage ne reviendra qu'à l'effondrement de l'URSS. La fin de la NEP et les années 1930 inaugurent une planification centrale de l'emploi.

La plupart des ouvriers et des spécialistes sont recrutés soit par les entreprises, soit par un bureau central de l'emploi dans les grandes villes. Du fait de l'absence officielle de chômage, la concurrence entre les entreprises pour l'embauche est forte sur le marché de l'emploi. Dans les années 1960-1970, la mobilité des travailleurs est importante : un sur cinq change d'emploi chaque année. La grève est interdite, mais l'absentéisme est très répandu. Le revenu inconditionnel – mais jamais complètement car il y a la prison et les faits de délinquance sont cachés - permet donc de couvrir les besoins vitaux, de vivre sobrement en tirant le diable par la queue et en espérant connaître un jour les facilités de la vitrine occidentale... pas un monde sans argent. La classe ouvrière reste aliénée, gouvernée par une noria de bureaucrates et syndicalistes de toute espèce, et vouée à la pauvreté sociale et intellectuelle.

Le salaire en nature était considéré comme la garantie de l’existence du peuple, à tel point que la rémunération, sous forme de prestations en nature, qui ne constituait en 1917 que 5,3 % de la valeur du salaire global moyen d’un ouvrier industriel, atteignit 47,4 % en 1918, 80 % en 1919, 93,1 % en 1920 et 93,8 % début 192113. La NEP aboutit à rejeter la notion même d’égalisation des salaires, ce qui provoqua d’abord la colère du mouvement syndical encore rebelle, mais on lit, dans le rapport du Conseil central des syndicats de l’URSS de 1932, que c’est « grâce au camarade Staline » que les syndicats ont commencé à anéantir le vieux système de « l’égalitarisme petit-bourgeois » :

« Le nivellement dans les besoins et la vie privée est une stupidité petite-bourgeoise réactionnaire, digne de quelque secte primitive d’ascètes, mais non point d’une société socialiste organisée d’une façon marxiste, car l’on ne peut exiger des hommes qu’ils aient tous les mêmes besoins et les mêmes goûts, que, dans la vie personnelle, ils adoptent un standard unique ». Staline ajoutait que « la conséquence de l’égalisation des salaires est que l’ouvrier non qualifié manque d’une incitation à devenir un travailleur qualifié et se trouve ainsi privé de perspectives d’avancemen».

Anton Ciliga n'était qu'un agent de la CIA lorsqu'il écrivait chez Gallimard en 1938:

"C'est en effet à cette époque que l'on déclara que le chômage était "liquidé" en Russie soviétique; par voie de conséquence, les indemnités de chômage furent elles aussi "liquidées". On abrogea en outre un certain nombre de dispositions protégeant les travailleurs. D'autre part, les journaux s'en prenaient violemment aux ouvriers qui sous une forme ou sous une autre opposaient une résistance à l'exploitation bureaucratique et les déclaraient "indisciplinés, fainéants et ivrognes". Sous couleur "d'émulation socialiste" on introduisait un "sweating system" combiné avec la corruption d'une petite minorité ouvrière par toutes sortes "d'avancements". Et les opposants emprisonnés dans les "isolateurs" n'avaient pas de mots assez dur contre Trotski qui défendait quand même St aline: "D'ailleurs, je constatai avec inquiétude qu'il y avait une lacune dans les lettres et autres écrits de Trotski qui nous parvenaient en prison: Trotski ne parlait jamais d'organiser des grèves, d'inciter les ouvriers à la lutte contre la bureaucratie, de mobiliser la classe ouvrière en faveur du programme économique trotskiste. Sa critique, son argumentation, ses conseils semblaient adressés au Comité central, à l'appareil du parti. Evoquant la chute verticale du niveau de vie des ouvriers, Trotski concluait, en bon patron qui donne ses conseils à l'administration; "Que faites-vous? Vous gaspillez le capital le plus précieux – la force de travail". Le sujet actif restait toujours pour Trotski "le parti" avec son Politbureau ou son Comité central, le prolétariat n'était que "l'objet".".4

La Constitution de 1936 posait le principe chrétien « À chacun selon son travail » à la place du principe communiste « À chacun selon ses besoins ». Le stalinisme avait supprimé, en 1928, toute idée de salaire de base garanti. Il généralisait le taylorisme, déjà applaudi par Lénine qui n'en faisait lui qu'une étape transitoire en attendant la révolution mondiale.

Personne n'a jamais vraiment analysé les arguties des employés du stalinisme pour justifier le capitalisme d'Etat « national » et comment ils justifiaient l'exploitation par l'Etat et sa couche de technocrates politiques. Je vous en donne l'occasion (et le rire) suivez le guide. Le discours stalinien avait le même contenu utopique cynique, face à la réalité vraie, qu'un discours de l'âne Hamon, du baudet Mélenchon, le perroquet d'Arlette ou de l'agnelet Poutou.


EXTRAITS DU PETIT GUIDE SINCERE DE L'UNION SOVIETIQUE par le brave Georges Cogniot (1954)

L'HOMME LE CAPITAL LE PLUS PRECIEUX (chapitre IV)

L'essor continu du bien-être matériel. En Union soviétique, chaque progrès économique aboutit à un progrès social, à un relèvement du niveau de vie des travailleurs.

Dans un pays bourgeois comme la France, chaque progrès économique accumule la richesse au pôle capitaliste de la société, la misère à l'autre. Si les ouvriers de la chaussure ont fabriqué « trop » de souliers, ils sont mis au chômage et vont pieds nus.

Dans un pays capitaliste, s'il se produit une augmentation du revenu national, toujours due à l'effort des travailleurs, elle profite aux groupes d'exploiteurs, avant tout à la classe des capitalistes. En France, les classes exploiteuses s'approprient plus de la moitié du revenu national.

En Union soviétique, l'augmentation du revenu national signifie directement l'augmentation du bien-être des travailleurs. En effet, l'intégralité de ce revenu est le patrimoine des ouvriers, employés et paysans : les trois quart sont mis directement à leur disposition pour la satisfaction de leurs besoins matériels et culturels, le reste sert à élargir la production sociale et à couvrir les besoins généraux de l'Etat des travailleurs. Durant la période 1940-1951, le revenu national de l'URSS s'est accru de 83% .

Le camarade Malenkov a dit dans son rapport au XIX e Congrès du Parti communiste de l'Union soviétique :

« Les progrès réalisés dans toutes les branches de l'économie nationale ont abouti à une nouvelle élévation du niveau de vie matériel et culturel de la société soviétique. Cela est tout à fait dans l'ordre des choses ».

Nous avons déjà constaté plus haut le caractère tout nouveau d'un tel « ordre des choses » dans l'histoire du monde, l'originalité de cette révolution socialiste qui se distingue de toutes les révolutions du passé par le fait qu'elle apporte au peuple, outre la liberté, l'amélioration radicale de sa situation au point de vue matériel et culturel. Nous avons vu que par suite des baisses de prix appliquées par l'Etat à partir de 1947, le consommateur dépensait, pour la même quantité de marchandises, moitié moins en 1953 que dans le dernier trimestre de 1947.

Pour la somme que coûtait un kilo de caviar en 1947, il a été possible d'acheter dès 1952, outre ce kilo de caviar, 4 kilos de beurre, 3 kilos de fromage de la meilleure qualité, et 1 kilo de saucisson. Avec l'argent nécessaire pour 1 kilo de jambon en 1947, on a eu par dessus le marché, dès 1952, un kilo de saucisson et une grosse volaille. Avec le prix d'une bicyclette d'homme en 1947, on a acquis dès 1952, en plus du même vélo, deux paires de chaussettes d'homme, un manteau d'hiver et une blouse de soie pour fillette, une paire de chaussures d'enfant. La somme qu'on devait dépenser en 1947 pour acheter une montre-bracelet pour dame, a suffi dès 1952 pour ajouter à cette montre un parapluie de femme, un manteau d'hiver pour fillette et deux paires de bas de soie.

Telle est l'ampleur des augmentations régulières du salaire réel, du fait de la baisse des prix.

D'autre part, l'ouvrier jouit en URSS d'une sorte de salaire invisible, couramment égal au tiers de ses revenus. Ce salaire supplémentaire est constitué par les assurances sociales et pensions aux frais de l'Etat, les allocations familiales, l'assistance médicale gratuite, l'enseignement gratuit et les bourses, les séjours gratuits ou à tarif réduit dans les stations balnéaires et maisons de repos, etc.

(...)

Les moyens au service du but

Staline souligne, par la formule même qu'il donne de la loi économique fondamentale du socialisme, l'unité du but et des moyens.

Ces moyens résultent de la nature du régime socialiste : la société nouvelle ne recèle plus de causes qui puissent engendrer les crises, les dérangements périodiques de la production. Le socialisme se caractérise donc par un développement de la production méthodique, sans crises, sans interruptions, au rebours du capitalisme, qui est ravagé par la contradiction fondamentale entre le caractère social de la production et l'appropriation privée capitaliste. Quand cette contradiction est levée, quand la production devient socialiste, elle s'engage sur une ligne ascendante que rien ne vient couper. (…)

Le pays des Soviets, au contraire, procède au perfectionnement ininterrompu de l'équipement tant industriel qu'agricole et des opérations technologiques. D'une part, en développant dans tous les domaines de la production des moyens de production, il approvisionne de mieux en mieux l'économie nationale en machines ultra-modernes (…)

Les professions pénibles disparaissent. D'autres surgissent (sic), qui exigent une haute qualification. On ne trouve plus trace, en URSS, de ces emplois, occupant naguère d'énormes quantités d'ouvriers, qui consistaient par exemple à pousser le wagonnet à la main dans les mines ou dans les fonderies. Les haveuses-chargeuses marque « Dombass » et les bennes électriques sont venues partout à la rescousse des mineurs. L'ouvrier moderne est conducteur de machine dans la taille, opérateur de scie électrique dans l'industrie forestière, et partout ainsi. Il a suivi l'école moyenne : il sort parfois de l'enseignement supérieur. En tout cas, il se rapproche par ses connaissances et ses habitudes intellectuelles des techniciens et des ingénieurs, et il se trouve de plain-pied avec eux.

(…)

Les libertés sociales et politiques

Les libertés sociales et politiques visent à garantir la participation active et indépendante de chaque citoyen à la vie publique. Elles reposent sur la reconnaissance de l'initiative des masses comme fondement de l'Etat soviétique.

La liberté de parole, la liberté de la presse, la liberté de réunion, la liberté des cortèges et des manifestations de rue sont assurées aux citoyens, en conformité des intérêts des travailleurs. Leur garantie concrète réside dans la mise à la disposition des travailleurs et de leurs organisations des imprimeries, des stocks de papier, des édifices publics, des moyens de communication et des autres conditions matérielles qui sont nécessaires pour l'exercice des droits en cause. Chacun sait que dans la démocratie bourgeoise, c'est justement l'absence de ces garanties matérielles qui rend souvent illusoire l'exercice des droits de ce genre, même quand ils ne sont pas limités formellement.

(…)

La presse

La presse soviétique est vraiment le bien des travailleurs. Et cela non seulement parce qu'elle sert leurs intérêts, mais parce qu'elle s'appuie sur de larges cadres populaires, formés par les correspondants ouvriers, paysans ou intellectuels.

D'après des données incomplètes, les journaux de l'Union soviétique avaient dès 1939 plus de deux millions de correspondants ouvriers et paysans. Chaque année, cette armée de correspondants augmente, et ainsi se renforce le lien direct de la presse avec les masses laborieuses.

Le travail de propagande, d'éducation et d'organisation accompli par les grands journaux est complété par le large réseau des journaux locaux et par les innombrables journaux d'usine et journaux muraux ».


En conclusion, il n'y a pas de quoi se moquer. Le discours politique de nos divers politiciens est du même ordre que l'argumentaire des centaines de milliers de « cadres staliniens » : faire accepter le présent au nom d'un futur présumé bien meilleur. La couverture médiatique « ambiance libérale-libertaire » via internet et les réseaux sociaux avec leurs milliers de trolls complices est bien plus prégnante, envahissante et étouffante que ne le furent les millions de tonnes de papier-mensonge de feu le « socialisme soviétique » et leurs postes à galène avant invention des cristaux liquides.


NOTES:


1En effet, le gaz fût gratuit jusqu'à la crise de 1975 où l'on vit arriver à l'agence EDF de Vanves un espion russe pour acheter un compteur. Par la suite, GDF envoya des experts avec appareils pour détection du gaz et conseils pour « odoriférer » le gaz « communiste russe » : le gaz étant inodore et les bureaucrates cherchant les fuites avec des torches, les explosions qui s'en suivaient ne pouvaient être considérées comme des attentats de la CIA.

2« Du moment où le travail commence à être réparti, chacun entre dans un cercle d'activités déterminé et exclusif, qui lui est imposé et donc il ne peut s'évader ; il est chasseur, pêcheur, berger ou « critique critique », et il doit le rester sous peine de perdre les moyens qui lui permettent de vivre. Dans la société communiste, c'est le contraire : personne n'est enfermé dans un cercle exclusif d'activités et chacun peut se former dans n'importe quelle branche de son choix ; c'est la société qui règle la production générale et qui me permet ainsi de faire aujourd'hui telle chose, demain telle autre, de chasser le matin, de pêcher l'après-midi, de m'occuper d'élevage le soir et de m'adonner à la critique après le repas, selon que j'en ai envie, sans jamais devenir chasseur, pêcheur, berger ou critique.« L'Idéologie allemande », Karl Marx, Friedrich Engels (1845), dans Philosophie, Karl Marx, Maximilien Rubel, éd. Gallimard, coll. « Folio », 1982, p. 31
3« Aussi longtemps que le fonctionnement du système social, sa production et sa reproduction, exigeront du travail, si réduit soit le temps qu’il occupe dans la vie de chacun, sera indispensable à la pleine citoyenneté. En tant que droit de participer à la production du tout social et d’acquérir sur lui des droits et des pouvoirs, le droit au travail doit être compris comme un droit politique ».
4Au pays du mensonge déconcertant, p.180.